page suivante »
DES APTITUDES. gfg
tout exemple édifie ; et le Dieu qui régit les choses humaines
doit se plaire U imputer ces mérites aux sociétés qui les
produisent.
Ce serait donc à tort que les esprits purement pratiques
se croiraient en droit de blâmer ces persévérances géné-
reuses au nom dé je ne sais quelle loi fatale de progrès con-
tinu au sein des sociétés humaines. Le vrai progrès n'est-il
pas dans les consciences plus encore que dans les faits so-
ciaux? Et puis aussi, pour finir par une de ces assimilations
qui allient si naturellement la logique de l'imagination Ã
celle de l'intellect, pourquoi n'en serait-il pas de ces ruines
vivantes de l'ordre moral comme des ruines inertes de l'ordre
physique ? Si les unes sont les ornements pittoresques du
paysage, pourquoi les autres ne seraient-elles pas l'ornement
exemplaire du monde social ? Il est bon, soyons-en sûrs, il est
salutaire pour l'œil de l'âme d'apercevoir de loin en loin, sur
les âpres sommets de la vie morale, ces indestructibles débris
des pensées et des mœurs antiques, ces loyaux représentants
de la foi, fidèle à elle-même. Cette vue rectifie et moralise les
ambitions ; elle parle, en quelque sorte, a fâme et semble
dire avec la douce autorité de l'exemple : « Rien n'est beau
« comme la vertu, même vaincue ; et la vertu n'est-ce pas
« l'énergie de la volonté, se maintenant h tout prix dans la
« plus haute région du devoir? Celui qui n'a jamais rieii
« sacrifié a son idéal ou a sa foi pourra plus facilement, sans
« doute, parvenir à élargir sa vie et a s'élever d'un effort
« plus favorisé au faîte de la richesse, des honneurs, et
« même de ce que certains appellent de la gloire ; mais il
« ne saurait atteindre au point culminant de la véritable
« grandeur. Car l'homme ne vaut réellement que par le sa-
« crifice ; et il n'est vraiment digne d'honneur et de respect,
« que lorsqu'il lui en a coûté pour se subordonner sans
« réserve à cette souveraineté du droit, dont la substance
« est évidemment Dieu lui-même. » 33