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330 LA NOBLESSE EN FRANCE.
les opinions que de longues études sur ce sujet ont fixées
dans notre esprit.Cen'estpasuneœuvred'érudit que nous
prétendons faire; bien des erreurs nous échapperont sans
doute. Notre ambition se borne à condenser dans un aper-
çu rapide et probablement incomplet la somme des idées
que nous nous sommes faites sur cette grave matière.
C'est un principe universellement admis par. les philo-
sophes et les moralistes que l'aristocratie dans le monde
est aussi ancienne que la formation des sociétés. Dès
qu'une agrégation d'hommes s'est faite quelque part,
on a vu du sein de ce nouveau groupe se détacher et
surgir des personnalités prédominantes qui ont imposé
leur suprématie aux autres, et fondé, en dehors de leurs
pairs, une caste supérieure et privilégiée. La force et
l'intelligence ont été, dans l'origine, la cause détermi-
nante de ce fait d'inégalité. Il découle donc primordia-
lement des deux puissances capitales de l'homme, celle
de l'esprit et celle du bras ; et il y a une réelle grandeur,
une raison d'être irrésistible dans cette origine. Le pri-
vilège et l'inégalité dans les conditions sociales sont une
des lois fatales, absolues, immuables de notre globe, et
rien ne saura changer cette loi.
C'est l'instinct de personnalité particulier à l'homme,
c'est son désir passionnel et spontané de s'élever inces-
samment dans l'échelle des êtres qui sont la cause ini-
tiale de l'aristocratie. Le penseur ne saurait condamner
cette invincible tendance : il la constate, elle existe, elle
se lie à l'essence même de l'humanité. C'est le mysté-
rieux levier de toutes les belles choses qui se font dans le
monde. Tempérée et réglée par la notion de justice, c'est
une des forces vives de la création.