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                       ÉLOGE DE BAVEZ.                       237

   Or, la Couronne se trouva plus d'une fois directement en-
gagée dans le débat. Il y eut véritablement deux oppositions :
l'une visait à renverser le pouvoir, l'autre aspirait " le di-
                                                      a
riger. La première s'est glorifiée plus tard de son œuvre -
accomplie ; l'autre a prouvé, sous un autre règne, combien
elle aurait été digne d'atteindre son but. On eut plus d'une
fois le tort de les confondre dans la même défiance, comme
elles purent avoir celui de se confondre dans les mêmes
attaques.

   N'attendez pas que je retrace toute cette période : la géné-
ration qui la vit n'est point encore éteinte, et ce n'est ici ni
le temps, ni le lieu des essais d'histoire contemporaine ; on est
trop exposé à glisser sur la pente de l'adulation ou du res-
sentiment, et ma main ne sait répandre ni l'encens ni le fiel.
   Et pourtant, si j'étais appelé à formuler ces difficiles pro-
grammes , tout en m'efforçar.t de faire aux gouvernements
qui ne sont plus une juste part entre les fautes et les ser-
vices, j'aimerais encore mieux voiler leurs faiblesses que
nier leurs grandeurs.
   Mieux vaut apprendre a nos enfants a honorer qu'a rabais-
ser nos annales : insulter h de nobles débris, c'est souvent
préparer des ruines nouvelles.
   Ma voix serait suspecte si je prétendais juger la Monar-
chie de 1830 , la seule que j'aie servie : je lui ai appartenu
de trop près. Je m'honorerai toujours des liens qui m'atta-
chent à elle, mais je la confie h l'Histoire dont chaque jour
la rapproche et dont chaque jour aussi elle doit moins re-
douter les arrêts.
   Quant aux gouvernements qui l'ont précédée, je ne vou-
drais pas plus juger Napoléon Ier par les enivrements qui
précipitèrent sa fin, que la Restauration par les entraîne-
ments qui compromirent sa durée.