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                     BIBLIOGRAPHIE.




   LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, traduite par M. François
                            DESSERTEAUX(I).



    Je me rappellerai toute ma vie les circonstances dans
 lesquelles je lus ce livre. C'était en été, le soir. J'avais
savouré l'ivresse de la solitude dans les champs; vécu
 avec moi-môme pendant plusieurs heures; contemplé le
 soleil se couchant dans sa gloire; respiré à pleins poumons
 la senteur délicieuse des foins fraîchement fauchés; écoulé
 avec ravissement les concerts mystérieux de la nature assou-
 pie; et délassé dans la moelleuse pelouse des sentiers
ombreux, mes pieds meurtris par le pavé de la ville. J'avais
retrempé mon être dans l'air vivifiant des grandes campagnes
et élevé mon âme vers les sources éternelles. Emporté par
ma rêverie capricieuse dans celle région suave et sereine où
se meuvent les ombres des grands poètes, j'y avais ressaisi
les vagues reliefs des formes humaines dans lesquelles le génie
s'incarna sous lçs noms d'Homère, de Virgile, d'Horace, de
Millon, de Shakspeare, de Gœlhe, de Racine, du Dante et du
Tasse. J'avais, au-delà du monde visible, entretenu une
conversation muette avec les grands esprits de tous les siècles.
Mou enthousiasme attendri s'arrêta principalement sur la
douce et infortunée figure du Tasse, ce type achevé du mar-
tyrologe poétique. Je refis dans ma pensée les stations dou^

  (1) Paris, Librairie nouvelle.