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DU CHATEAU DE VAREY. G7
de soi-même et la bienveillance qui fait accueillir l'étranger.
Bientôt, le chemin s'élevant, je sortis de dessous le rideau de
feuillage qui me couvrait, et devant moi, entouré d'un mas-
sif de verdure, je pus contempler sur son immense piédestal
un des plus beaux souvenirs de la féodalité.
Mais ce n'étaient plus des ruines désolées que le chevrier
aimait à parcourir et que les oiseaux de nuit habitaient
seuls. Une baguette féerique avait touché le vieux manoir,
et il se dressait, fier et puissant, avec sen cortège de hautes
tours, ses remparts prêts à repousser l'assaut, ses créneaux
derrière lesquels on cherchait les hommes d'armes, et ses
meurtrières sur lesquelles on ne portait plus qu'un regard
méfiant. Le noble château avait retrouvé toute sa vigueur et
sa beauté ; tout disposé pour la balaille, il resplendissait
comme au quatorzième siècle, alors que l'armée du comte de
Savoie campait autour de lui.
Cependant je pus, sans être arrêté par les sentinelles, abor-
der un groupe de quelques modestes demeures de paysans,
fixées là par habitude et réfugiées sous les remparts, comme
si elles avaient encore besoin de protection et comme si la
plaine n'était pas plus luxuriante et plus fertile que le flanc
rugueux de la montagne. Sans doute les pères de ces pau-
vres paysans étaient de fidèles vassaux qui s'étaient attachés
à la fortune de leur seigneur, alors même que celte fortune
devenait contraire. Puis, le seigneur parti, les vieillards
étaient restés, retenus par la puissance des souvenirs, les
enfants, par amour pour leur berceau, et il faudra des siècles
encore avant que ces pauvres déshérités ne s'aperçoivent que
l'aisance ne montera jamais vers eux ; mais qu'elle les at-
tend au bas de la côte escarpée, le long du ruisseau qui fer-
tilise la prairie et fait tourner avec vitesse la roue active du
moulin.
Après avoir gravi le sentier rapide et passé sous les rem-