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544 ^ PHILOSOPHIE.
condaires ou complémentaires peuvent se formuler dans
ces appellations : Idée de sacrifice; abnégation de soi-
même ; idéal du courage, de l'honneur; mépris de la
mort. C'est dans la guerre que ces vertus humaines trou-
vent avec le plus de plénitude leur aliment et leur satis-
faction ; c'est là qu'elles décuplent leur puissance d'évo-
lution , et qu'elles atteignent à des proportions qui
rassasient l'idéal des âmes.
L'idée de sacrifice, de dévouement, d'abnégation, est
un des plus nobles et des plus purs mobiles de l'homme ;
c'en est aussi un des plus puissants. C'est le levier le plus
énergique donné par la Providence à ses créatures pour
l'accomplissement de ses desseins et du bien. C'est la
seule arme efficace pour dompter l'égoïsme qui, sans
elle, étoufferait le monde. Le sacrifice est partout; il
s'accomplit silencieusement dans toutes les couches de la
société, depuis la mère qui se fait tuer pour assurer la vie
à son enfant, jusqu'au sauveteur qui brave la mort dans
les flots pour en arracher son prochain. Le médecin , le
prêtre, le magistrat, le marin, le savant, le poète, l'inven-
teur, la sœur de charité et mille autres en offrent tous
les jours des exemples magnifiques. Mais ces exemples
sont pour la plupart ignorés et obscurs ; ils se consom-
ment dans l'ombre, sans aucune des excitations qui pas-
sionnent et exaltent l'homme de guerre. Ceci explique
pourquoi le sacrifice du soldat est le plus recherché et le
plus brillant de tous. Il est entouré de l'auréole de la
gloire, et la splendeur du triomphe en fait quelque chose
d'éblouissant. De tous les sacrifices, lui, souvent le
moins utile, est souvent le plus envié et le plus fêlé. II
exercera toujours une attraction singulière sur ies âmes.