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HIPPOLYTE FLANDRIN. 331
Les plus grands personnages, jusqu'aux souverains vou-
laient être peints par lui. Le portrait de l'Empereur était
l'œuvre la plus magistrale du dernier salon, et, à Rome, il
méditait le portrait du Pape. Après avoir d'abord décliné
une entreprise si haute, car il savait ce qu'il y a de redouta-
ble a reproduire des traits dans lesquels se personnifie le sou-
verain Pontificat, il s'écria à la Sixtine, au jour de la Chande-
leur, en voyant le Saint-Père entouré de lumières : Ah ! je
l'ai trouvé mon portrait de Pie IX... Le Pape, c'est le père
delà lumière! El c'était par l'éclat répandu sur cette face
auguste qu'il eût exprimé l'action de la papauté dans le
monde, et môme cette assistance spéciale dont le Christ ac-
compagne partout son Vicaire.
Pour en venir au faire de l'artiste, nous dirons qu'il était
excessivement simple et né laissait apercevoir aucune trace de
procédés. Il peignait toujours au premier coup ; il commen-
çait par un côté delà toile et quand il l'avait toute couverte,
elle était achevée. Il était tellement maître de son exécution
que ses œuvres paraissaient comme coulées d'un seul jet et
arrivées à la perfection sans- effort.
Quoiqu'il méditât de longue date ses sujets, cependant il
, composait avec rapidité et rarement il rejetait une première
pensée. Il imitait en cela Fra Angelico, qui regardant ses
inspirations comme autant de dons émanés de Dieu, les ac-
cueillait avec un humble respect, et travaillait à les revêtir
d'une beauté plastique digne de la source auguste d'où elles
étaient descendues.
Le coloris de Flandrin était approprié aux sujets. N'était-
ce pas avec des couleurs du Ciel qu'il fallait peindre des re-
présentations célestes ? Il évitait les oppositions tranchées et
cherchait à fondre ensemble les tons trop entiers,de manière
à les soumettre à cette loi d'unité qui règne dans la nature, et
qui les réduit toutes à n'être plus que des nuances de la lu-