page suivante »
UN SOUVENIR. 371 repos qu'y répandaient un beau jour et une superbe nature, l'accent ému et pénétré avec lequel ces sages consolations furent données à la reine détrônée, tout se réunit pour fixer dans la mémoire de celle-ci, le souvenir de cette solennelle entrevue, à ce point qu'après vingt années écoulées, Hortense revenue à Genève désira revoir les lieux où elle avait eu cet entretien avec le sage, mort depuis quelque temps. Elle témoigna à M. Gosse fils l'envie qu'elle avait de revoir l'ermitage créé et habité par son père; M. Gosse l'invita de suite à un petit déjeuner champêtre dans le pavillon de l'ermitage de Mornex, et comme moi-même je me trouvais alors dans ce riant hameau, il m'engagea à l'aider à recevoir dignement la reine déchue, en lui adressant quelques vers dans le ban- quet auquel il l'avait conviée ainsi que son fils le prince Louis Napoléon Bonaparte, aujourd'hui Empereur des Français. Ce dernier, retenu par une indisposition, ne put faire honneur à l'invitation de mon ami, mais sa mère suivie de deux dames de compagnie, du docteur Connaud, au- jourd'hui sénateur, alors médecin du prince, d'un artiste peintre d'une magnifique figure et qui se nommait Pingret, furent exacts au rendez-vous, et reçus par M. Gosse, doc- teur, le général Dufour,- le docteur Mayor, puis par deux dames genevoises dont je tairai respectueusement les noms et qui firent on ne peut mieux les honneurs de ce verdoyant séjour ; le couvert fut mis dans la rotonde qui avait été le berceau de la société des sciences naturelles, fondée par MM. Jurine et Gosse, quelques années aupara- vant. Le petit déjeuner assaisonné de l'appétit que donnent avec prodigalité l'exercice et l'air vif des montagnes fut très-gai; la reine ne pouvait assez s'extasier sur las