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310 NAVIGATION A VAPEUR.
mœurs de ses habitants. Les relations fréquentes des peuples
entiers dissipent les préjugés, créent des intérêts nouveaux,
manifestent avec plus d'évidence la solidarité universelle.
La révolution opérée par la facilité et la célérité des trans-
ports tend inévitablement à l'unité des poids, des mesures,
des monnaies; à l'uniformité des lois commerciales; à l'adop-
tion d'une langue commune pour les transactions ; aux ga-
ranties équivalentes, dans tous les pays, des droits civils et
politiques, publics et privés; à la tolérance religieuse per-
mettant à tous les membres de la grande famille humaine
de se réunir dans la même foi, sous la morale sublime,
si éminemment sociale du christianisme qui, seul, apporta
au monde la véritable liberté et réhabilita la dignité de
l'homme méconnue dans le malheur, en lui révélant sa voca-
tion à l'égalité immortelle, raison et sanction de l'usage du
libre arbitre par l'éternité de la récompense ou du châtiment,
conduisant ainsi à la foi par la raison même et à la vertu par
la liberté.
Louis XIV, après avoir placé son petit-fils, le duc d'An-
jou, sur le trône d'p]spagne, s'écriait : « II n'y a plus de
Pyrénées. » L'œuvre du grand roi n'a pas résisté au souffle
des agitations politiques; les descendants mâles de Phi-
lippe V ont cessé de régner ; mais les voies ferr'ées perçant
les montagnes et la navigation à vapeur défiant les vents con-
traires ont abaissé toutes les barrières, effacé les distances,
préparé l'union des nations qui doit amener les temps an-
noncés par le prisonnier de Sainte-Hélène, où toute guerre
ne sera plus qu'une guerre civile.
Dans cette ère nouvelle, la mission civilisatrice de la France
a grandi ; la marine a vapeur a transporté ses soldats sur
les côtes de l'Amérique septenlrionale et jusqu'aux extrémi-
tés les plus lointaines de l'Asie ; ici, pour réprimer les per-
sécutions du fanatisme idolâtre ; là , pour mettre fin aux