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220                   ÉLOGE DE KAVEZ.

son existence tout entière, elle fit appel à Ravez, et ce
fut au prix de longues années de luttes et d'efforts, qu'il
la fit maintenir dans le foyer de ses pères. Cette dame,
arrivée déjà au déclin de l'âge et heureuse de la sérénité
inespérée de ses dernières années, voulut témoigner sa
reconnaissance au sauveur de son état civil et de sa
fortune. Après avoir disposé d'une métairie en faveur du
plus jeune fils de Ravez, qu'elle avait absolument désiré
tenir sur les fonts baptismaux, elle lui. légua a lui-même
l'usufruit de sa belle lerre du Médoc ; mais elle avait compté
sans l'assentiment de l'illustre légataire. Par respect pour la
mémoire de la testatrice, il ne pouvait repousser le souvenir
qu'elle laissait à son filleul, mais il ne voulut pas garder le
magnifique usufruit qui lui était donné, et rendit la terre aux
légitimes héritiers. Il avait pu recevoir une honorable rému-
nération ; il ne consentit pas à s'enrichir par la conquête d'un
patrimoine. Cependant la testatrice lui devait tout, et ne lais-
sait pas de successeur direct. Pour un homme du monde,
l'acceptation eût été irréprochable, mais il ne se contentait
pas, pour l'avocat, de la probité même sévère ; il entendait
que la plus exquise délicatesse lui servît à la fois de force
et d'ornement.
   Personne n'a pu rappeler avec plus d'autorité au barreau
cette glorieuse devise : Non solùm quod licet, sed etiam
quod deect.
   On conçoit ce qu'un tel caractère donna de puissance à un
tel talent; sa considération grandissait chaque jour. Toutes
les distinctions venaient le chercher, et les intérêts généraux
voulaient eux-mêmes se placer sous son patronage.
   La Chambre de commerce de Bordeaux lui vota, en 1807,
une adresse de remercîments pour les services qu'il avait
rendus en faisant prévaloir auprès des rédacteurs du Code
de commerce les vœux du commerce français tout entier.