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UN SCULPTEUR F É L I B R E 327 nouvel essor, quitte la Provence et hardiment vole à tire d'ailes vers Paris. Il y arriva en novembre 1861. Amy avait emporté du pays quelques lettres de recommandation. Une de ces lettres était adressée à Monsieur le baron Bosio, sta- tuaire, membre de l'Institut, rue de l'Echaudé, n° . . . . Amy court à l'adresse indiquée, monte à un deuxième étage et frappe. Un petit vieillard propret vient ouvrir. — M. le baron Bosio, statuaire, membre de l'Institut? — Monsieur, répond le vieillard d'une voix douce, je m'appelle Bosio, je fais de la statuaire, mais je ne suis ni baron ni membre de l'Institut. Amy légèrement ému, un peu surpris et presque décontenancé, s'empresse d'ajouter, en montrant sa lettre d'introduction : — Mille pardons, Monsieur! je commets sans doute une erreur Voici une lettre que l'on m'a chargé de remettre à M. le baron Bosio. Le petit vieillard prend la lettre, l'examine un moment, et lais- sant échapper une légère exclamation, la rend au jeune homme, en lui disant avec une grande politesse : — Cher Monsieur, cette lettre est adressée à mon oncle, mais il est mort depuis dix-sept ans. La plupart des autres lettres de recommandation ne lui furent guère plus utiles ; elles n'éveillèrent qu'égoïsme ou indifférence chez les puissants et les heureux. Il fut pourtant bien accueilli par un Lyonnais, M. Bonassieux, qui l'invita d'une façon cordiale à venir étudier dans son atelier et à prendre place au milieu de ses élèves. Une lettre, destinée au sculpteur Foyatier, eut aussi le meilleur résultat. L'auteur du Spartacus brisant ses fers avait à cette époque près de quatre-vingts ans. « Je pénétrai avec quelque hésitation dans son atelier de la rue de Madame, écrit Amy dans une sorte d'autobiographie intime et familière où nous avons pu puiser les détails essentiels de cette étude. L'insuccès de mes premières visites m'avait rendu plus timide encore que je n'étais. Le vieux sculpteur m'accueillit pour- tant avec une extrême bienveillance. Il était de taille moyenne, un