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430                         LA REVUE LYONNAISE
l'attrait de la bonne langue. Les héros sont bien humbles : ce sont de pauvres
paysans du Velay, le fils d'un petit meunier, Yalentin, que le sort appelle dans
les rangs de l'armée, et qui y fait noblement son devoir, en bon Français et en
bon chrétien; une petite fille recueillie par charité et qui entre chez les Béates,
pieuse institution qui, depuis deux cents ans, répand ses bienfaits dans la Haute-
Loire. Et cependant l'intérêt qui s'attache à eux n'est ni moins vif ni moins poi-
gnant. Il y a là un chaste roman qui louche profondément le lecteur. L'émotion
qui se dégage de ces pages est saine, vivifiante, féconde en salutaires enseigne-
ments ; non que les acteurs de ce petit drame s'érigent triomphalement en pre-
neurs de la vertu, en sermonneurs intarissables ; ce soot leurs actes, c'est leur
vie entière qui parle pour eux, et qui, par les exemples de sacrifice, de résigna-
tion, dont elle est pleine, proclame bien haut la supériorité de la morale, fille de
l'idée de Dieu et de la religion, sur toutes les conceptions bâtardes delà philosophie,
    La note gaie du volume est donnée par l'ivrogne et jovial garde-chasse Claude
 Pigeonetparun antiquaire intraitable, Montbrac, type achevé d'original et d'égoïste.
    Je serais injuste envers M. Giron si je ne mentionnais le talent qu'il déploie dans
les descriptions de paysages, de points de vue. C'est là une des faces particuliè-
 rement remarquables de sa manière d'écrire. Il ne se départ jamais néanmoins
d'une louable sobriété. Comme modèles, j'indiquerai le tableau de la ville du Puy
 par lequel s'ouvre le volume et celui du logis antédiluvien de l'archéologue Montbrac.
    Au reste, la place que M. Aimé Giron a su se faire dans le monde des lettres
 par ses ouvrages déjà nombreux tant en prose qu'en vers, par ses articles de jour-
 naux, me dispense de m'étendre davantage sur son livre qui sera bientôt, je
 l'espère, dans toutes les mains. Je me contente donc d'applaudir à ses travaux et
je me permets de lui prédire un durable succès dans la voie où il est si résolu-
 ment entré.                                                  CH. LA V E N I R .


      LA NATION ARMÉE, organisation militaire et grande tactique modernes,
       par le baron COLMAR VON DER GOLTZ, commandant dans le grand état-major
       allemand. Traduit parEKNtfST JAEGLÈ, professeur à l'École militaire de Saint-
       Cyr. — Paris. Hinriehsen et Cle, éditeurs, 40, rue des Saints-Pères. Un vol in-18.
       Prix : 7 fr. 50.
   Parmi les ouvrages récemment publiés en Allemagne, un des plus remarquables
à tous égards et des plus dignes de fixer l'attention du public. La Nation armée,
vient de paraître en langue française chez les éditeurs Hinriehsen et C ie . Cette
maison, qui s'est donné la tâche de nous faire connaître les productions les plus
intéressantes d'Outre-Rhin, à laquelle nous devons La France est-elle prête,M. et
MmeBeicer,dn romancier berlinois Paul Lindau, analysés dans cette Revue, ne pou-
vait laisser de côté, un volume aussi digne d'être connu que celui dont je parle.
   Dès son apparition, la Nation armée a défrayé la chronique, non seulement
des journaux politiques et quotidiens, mais encore des organes importants qui
s'adressent au public sérieux et lettré. M. Cherbuliez lui a consacré quelques
pages de la Revue des Deux-Mondes.
   C'est qu'ausei son auteur est un homme dont les connaissances militaires sont
justement appréciées. Elles lui ont valu d'être choisi pour aller, avec trois autres
officiers allemands, à Constantinople, tâcher de reconstituer l'armé turque, et
donner à ces vaillants soldats ce qui leur manque essentiellement, une direction
intelligente et énergique.