page suivante »
CORPESPONDANCE 79 Laprade est de ces poètes étranges qu'on découvre, à chaque évolution nouvelle de l'esprit; mais il ne saurait être populaire ni même classique, malgré sa langue racinienne, pour les défauts que je viens de signaler. Au contraire, Pierre Dupont et Soulary croîtront en popularité, parfaitement classiques qu'ils sont déjà tous deux. Le côté humain du premier et le caractère profondément philosophique du second, dans sa pensée libre et moderne et dans sa forme impeccable, entreront en ligne de compte dans le bilan de la poésie du siècle, autant du moins que l'on peut préjuger des arrêta de la posté- rité... Je me trompe, cependant, en disant que tous deux sont classiques et popu- laires. Soulary seul passe pour classique auprès des dilettanti, le dernier public des poètes. Pierre Dupont quile sera un jour n'est encore que populaire... Mais il est venu à son heure; et en rendant, je le répète, la Chanson plus humaine, il a fait œuvre de génie. Yoilà encore un poète qui n'est pas apprécié de sa valeur même parmi les gens de goût. Il m'a fallu à moi l'étincelante persuasion de Paul Arène, un des plus fins lettrés de notre langue, un attique et un clairvoyant, de ce charmeur exquis qui a tant fait pour le chansonnier, pour me douter qu'il y avait là une des plus merveilleuses organisations de poète qu'on ait vues et un innovateur profond. Ma digression est longue. J'ai pourtant montré quelle était, selon moi, la valeur sincère de V. de Laprade : même après Soulary et Dupont, la place est glo- rieuse et tous trois laisseraient du lustre à leur ville natale si elle devait jamais périr. PADL MARIÉTON.