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            LA CORRESPONDANCE DE VOLTAIRE                          247
Voltaire au sujet de sa dîme. L'excusera-1-on en disant que le but
était plus haut, et que derrière cet humble desservant de village,
le puissant seigneur de Ferney visait tout le clergé de France? Non,
car il n'a visiblement cure, dans ces tracasseries indignes de son
caractère et de sa renommée, que de son autorité et de ses rede-
vances seigneuriales. Parlerai-je de son procès contre un pauvre
violon de l'Opéra, Travenol, qu'il poursuivit pour avoir innocem-
ment distribué une brochure de l'un de ses ennemis littéraires,
parlerai-je des colporteurs qu'il fit à cette occasion jeter en prison,
de ses démêlés avec Joreet Desfontaines, et delà guerre à outrance
qu'il lit à Fréron ? Rappellerai-je qu'il écrivait au conseiller Le
Bault, du parlement de Dijon, qui fournissait sa cave : « Je fais boire
à mes hôtes le vin de Beaujolais, et je garde pour moi celui de
Bourgogne, c'est-à-dire le meilleur. » Sur quoi le brave conseiller
s'écriait : « Fi! le vilain, il n'est pas permis de s'en vanter ». Mon
Dieu î que certains grands hommes sont petits !
   Mais il est superflu de revenir sur ce côté de la physionomie de
Voltaire, comme il serait par trop banal de déclamer contre lui.
Aussi bien n'avons-nous eu d'autre pensée que d'étudier en lui
l'épistolier, et non ses vertus privées. Faire l'éloge de celles-ci ne
serait pas, à coup sûr, banal, mais plus difficile que de louer celui-
là. Restons-en donc à la correspondance, considérée comme œuvre
littéraire, et cela nous sera aisé, car, tant qu'on parlera le français
 en France, on ne s'en lassera jamais.

                                          W I L L I A M GAZE,