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LES FACTEURS DES FORMES DU LANGAGE 115
qu'à la suite et par le moyen des modifications phonétiques. Il
semble évident, en effet, que telle nuance de la pensée n'a pu
prendre corps, pour ainsi dire, qu'après la création de la nuance
morphologique à laquelle elle s'est associée. En d'autres termes,
l'idée, l'esprit, n'est devenu monnaie courante, en quelque sorte, et
chose transmissible par le son, qu'après l'existence du son spécifié
et qualifié, c'est-à -dire de la lettre, du mot.
Quant aux familles secondaires des racines, aux groupes étroits,
dont l'existence, indépendamment des motifs d'ordre rationnel,
nous autorise à croire a une ramification générale des racines
indo-européennes, qui les relie toutes entre elles pour en former
le faisceau ou plutôt l'arbre généalogique, il suffira de quelques
exemples pour en démontrer la réalité. Citons pour le sanskrit:
kar, gar, gur, jar, jur, appeler, crier, invoquer; ksat, ksacl,
çat, çad, couper, briser, détruire ; hhid, chid, bhid, fendre ; har,
dhar, bhar, porter; pour le grec : à pxéw, k\i\w, à py^io, repousser,
défendre; xet'pw, ra'pw, Set'pw, SÉpw, couper; pour le latin : dico,
disco,doceo, etc. Remarquons que ces exemples seraient plus pro-
bants encore si, au lieu de former chaque série dans un même
dialecte de la famille indo-européenne, nous mettions à contribution
tous les rameaux de cette famille.
Indiquons, pour terminer, un caractère qui distingue bien
nettement les deux facteurs des formes du langage, dont nous
venons de constater l'exislence : c'est la diversité des effets par
lesquels ils traduisent la continuité de leur action sur ces mêmes
formes.
Tandis que l'agent physiologique, comme toute vie, tend sans
cesse à user les unités morphologiques dont il dirige le mouvement1,
l'analogie répare souvent les résultats de sa force destructive.
Citons comme exemple d'usure physiologique la dégradation
qu'a subie l'accusatif singulier du mot « mère », et la troisième
personne du singulier du présent de l'indicatif actif du verbe
signifiant « porter » dans son passage de l'état ancien à l'état
moderne :
1
C'est ce qu'on appelle aussi le principe de la moindre action ; ce principe n'est qu'un
effet dont nous venons d'essayer d'indiquer la cause.