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20                   LA REVUE LYONNAISE
une injustice que de placer, dans la même catégorie, ceux qui ne
pouvaient plus désormais être utiles et qui, près d'être engloutis
par le torrent toujours croissant, ont cherché à s'y soustraire, ainsi
que tout ce qui leur était cher. Qu'à ceux ci jettent la première
pierre ceux qui l'osent en conscience.
   Un jour mon père et un de ses collègues qui était, je crois,
l'archevêque de Vienne, Le Franc de Pompignan, coururent un
véritable danger. C'était à l'époque d'un court séjour de la cour à
Saint-Cloud; l'assemblée nationale ayant daigné le permettre, et
l'accorder à la demande de la reine, pour faire changer d'air au
Dauphin qui avait été malade; les ministres, restés à Paris, allaient
faire leur travail avec le roi à cette résidence d'été. Mon père, étant
dans la même voiture que son collègue, fut arrêté sur le pont de
Saint-Cloud par la populace qui hurlait : A bas les ministres ; à l'eau,
à l'eau ! et se préparait à exécuter sa menace. Ces messieurs sai-
sirent un moment favorable pour sortir de la voiture, l'un par une
portière, le second par l'autre, se glissèrent dans la foule et se
rejoignirent au bout du pont. Arrivés au château dont ils firent
fermer les portes derrière eux, mon père un peu ému de l'aventure,
la raconta au roi; lui faisant observer qu'il serait peut-être con-
venable, pour éviter de pareilles scènes, d'établir les ministres dans
sa résidence et de leur y donner des logements : « ôh. ! non, dit le
roi, tous les logements sont occupés ; cela dérangerait tel et tel. »
11 s'agissait de gens de cour, plus ou moins sans importance. On
en resta là. Mais cela ne laissa pas que de faire faire quelques
réflexions aux ministres.
   Le ministère Necker n'existant plus, mon père put donc songer
sérieusement à sa sûreté et à celle de sa famille. Il commença par
nous faire partir, mon frère Emmanuel et moi, avec notre pré-
cepteur, pour l'Allemagne ; ma sœur Pulchérie, âgée de quatre
ans, fut envoyée, avec sa gouvernante, à Montpellier, où vivaient
encore ma grand'mère et mes tantes, mesdames de Bocaud et
d'Axat, toutes deux veuves, riches et sans enfants. Elles avaient
déjà, auprès d'elles, mes deux sœurs aînées, Constance et Anas-
tasie, et c'étaient elles qui les élevaient. Elles prirent donc aussi
soin de la troisième. Mais il nous était encore né un frère depuis
tous ces événements, Louis ; celui dont ma mère se trouvait grosse