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                               BIBLIOGRAPHIE                                      657
la chair, d'entendre cet accent frais et pur, cette plainte suave d'une douleur
que bercent les espérances de I'au-delà. Il y a parmi les grains de votre triste
et doux rosaire, quelques vrais chefs-d'Å“uvre de sentiment et d'art. Sans parler
de la pièce maîtresse pour laquelle vous savez mon admiration, j ' a i été particuliè-
rement ému à la lecture de ces clartés dans la nuit et de Je vous appelle tous.
  Voilà du vécu, du senti, de l'analyse; mais le vécu de l'âme, le senti du cœur,
l'analyse qui n'est pas de la dissection. Vos meilleures pages sont celles où vous
avez ainsi laissé crier ou pleurer votre souffrance.
   Il en est où, au lieu de dire simplement votre émotion vous avez voulu dogma-
tiser-, à la Sully Prudhomme. Celles-là ont quelque chose de la grande allure du
maître, mais quelque chose aussi de saprofondeurnuageuse,et qui parfois déconcerte
une première lecture. J'ajoute bien vite qu'il y a quelques morceaux dans le livre
le vingt-neuvième par exemple, où tout en subissant partiellement les influences
ambiantes, vous avez su mêler votre moi à l'objectivisme de l'école. Il en résulte
une œuvre très satisfaisante et quelque chose comme un genre inédit, qui de-
viendra peut-être la remarquable caractéristique de votre talent. »
                                                 L.   DE   BERI.UC-PÉRUSSIS.


  Nous reproduisons la pièce X X I X à laquelle fait allusion M. de Berluc-
Perussis.

               Le jour est donc venu d« chercher dans mon àme
               Si c'est bien de l'amour que j'avais ressenli,
               Quand, la première fois, j'entourai cette femme
               D'un désir dont mon cœur ne s'est point départi !

               Car, si l'on disait vrai — faul-il croire les hommes ?
               La Jeunesse et l'Amour, dans la clarté des cieux,
               Conduisant par la main ces enfants que nous sommes,
               Ne peuvent qu'une fois se réunir en eux.

               — Parlez, mon cœur, et vous, ma jeunesse pensive, -
               Avez-vous consumé tous les feux de l'amour?...
               Ne pourrez-vous donc plus, quelque espoir qu'il arrive,
               A ce foyer divin vous retrouver un jour?...

               C'était bien du bonheur, c'était bien de l'ivresse
               Dont rayonnaient mes yeux aujourd'hui désolés.
               Ce rêve était-il donc une vaine promesse ?
               A-t-il lui pour toujours?... Oh! de grâce, parlez!
               Mais quoi! n'entends-je point le tourbillon frivole
               De ces illusions qu'enfantait le printemps...
               Il accourt à ma voix. — J'implore une parole
               Qui rende à mon esprit la foi de ses vingt ans!

               Mais les gémissements de ce chœur invisible
               Que j'arrache ce soir à la nuit du tombeau,
               M'ont assez démontré l'espérance impossible
               De refermer les bras sur un amour nouveau!