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                                 BIBLIOGRAPHIE                                        319
armées alliées. Il y a beaucoup à dire maintenant encore sur la condition des
pays englobés dans les frontières de l'Empire créé par le grand homme, et l'on
pourra consulter avec fruit le passage que j e viens d'indiquer.
   J'ai dit qu'un des charmes des Mémoires de M. de Puymaigre, c'était l'air de
bonne humeur, de saine philosophie que l'on y respirait. Sans être caustique,
l'auteur ne s'interdit pas, quand l'occasion s'en présente à lui, d'émailler sa
prose de quelques réflexions assez fines. Faisant le portrait du conventionnel
Jean-Bon Saint-André, il raconte que cet homme, autrefois si sanguinaire, dont
Piobespierre et Danton durent calmer le zèle, était heureux comme un enfant, du
titre de baron que l'Empereur lui avait accordé et qu'il n'était d'endroit où il ne
fît appliquer ses armoiries de fraîche date.Et il termine par ces quelques lignes :
« Messieurs les républicains, et vous, gens à idées libérales, vous nous reprochez
notre vanité, que du moins nous savions dissimuler avec grâce et sans humilier
personne; vous êtes plus avides que nous de titres, de distinctions féodales, et
quand vous les avez et que vous y joignez le pouvoir, vous pressez de tout votre
poids sur le pauvre peuple ».
   C'est là une proposition qui n'a pas vieilli et qui, de nos jours encore, pourrait,
je crois, se démontrer sans trop de peine.
   L'impartialité de M. de Puymaigre le fait se montrer assez sévère pour la foule
de ceux qui assiégèrent les Bourbons à peine rentrés en Fiance et auxquels ceux-
ci eurent le tort de dispenser la plus grande part de leurs faveurs, tandis qu'ils
laissaient de côté ceux dont la vie ^'était passée à lutter et à souffrir pour leur cause.
« Il faut dire la vérité, les émigrés qui ont pu être et qui ont été réellement
utiles à la cause royale sont, à très peu d'exceptions près, ceux qui avaient pris
des emplois quelconques sous l'Empire, parce qu'ils n'étaient pas restés étrangers
aux mœurs françaises, qu'ils s'étaient ralliés à des idées nouvelles, qu'ils ne
choquaient pas l'orgueil national par des propos inconsidérés. Quant aux hobe-
reaux demeurés physiquement et moralement stationnâmes dans leurs castels,
quant aux gentilshommes qui tombaient des nues ou des pays étrangers, après
vingt-cinq ans d'absence, ils n'étaient guère propres à faire aimer la royauté ».
   Il me serait facile d'accumuler une foule de citations qui toutes dénotent chez
leur auteur un sens pratique excellent, une conception judicieuse, en moine temps
qu'une appréciation généralement indulgente et modérée des faits. Je renvoie le
lecteur au volume. Qu'on me permette seulement, pour finir, de rappeler le monu-
mental arrêté que fit afficher à Wesel, où il était préfet, un certain M. Boula
du Colombier, alors que les adversaires du régime impérial faisaient courir lo
bruit de la mort do Napoléon. Il débutait en ces termes : « Considérant que des
malintentionnés, etc., avons arrêté : A R T . I e r . L'Empereur n'est pas mort. »
  Page à graver en lettres d'or dans les annales du fonctionnarisme.
                                                            CH .   LAVENIR.




  NOTA. — L'abondance des matières nous oblige à remettre                  au    prochain
numéro la suite du compte-rendu des livres nouveaux.