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148                       LA R E V U E      LYONNAISE

les surmonte d'un petit rond, de deux points, d'un tréma, d'un ou
d'une tilde1, d'unéventail; on les souligne d'un trait, d'un point par
dessous, on les accote d'un numéro. U veut dire ou et û veut dire u.
De même pour les consonnes. A celle fin d'indiquer que les II sont
mouillées, on les traverse d'une petite barre; pour exprimer l'arti-
culation gn, on écrit une n surmontée d'une petite pataraffe en façon
de queue de cayon, comme en espagnol et en portugais. Pour expri-
mer par une seule lettre une articulation unique, on écrit œ, pro-
noncez ch, et, à l'inverse es, prononcez x. Je ne sais pourquoi, au
rebours, on n'a pas toujours créé de signe unique pour les articula-
tions ts, dz, qui, dans plusieurs de nos dialectes, sont simplement
la manière de prononcer ch.
   Ces notations ont sans doute leurs avantages, et j'avoue que je
désirerais très fort que le français eût un signe pour indiquer que
l est mouillée. Il suffirait pour cela que, comme en espagnol, on
convînt que II représenteraient toujours l mouillée, ou bien, qu'à la
façon du provençal, on intercalât une h après l (Ih), pour accuser
l'humidité. Dans mon très précieux Littré du Gourguillon,]'SiX été
plus d'une fois embarrassé pour indiquer que II devaient se mouiller.
J'avais la démangeaison d'exprimer la chose par Ih provençal. Mais
il faut suivre la noce, je veux dire nos classiques, et je me suis
contenté d'ajouter philosophiquement entre parenthèses : « Mouillez
les II », ce qui est un peu long, mais fort clair.
   Dieu me garde de faire ici la critique de l'orthographe phonétique
prévalante en philologie, et qui, au premier abord, n'est pas sans
analogie avec une orthographe de cuisinière poussée à l'état scienti-
fique, mais je n'ai pas cru devoir l'adopter. J'ai pour cela plusieurs
raisons. La première, c'est que nous ne possédons pas les caractères
spéciaux que les très rares imprimeurs qui s'occupent de l'impres-
sion des ouvrages de philologie ont dû faire fondre. Cette raison

   i Doit-on dire un tilde ou une tilde? Le Diction, de Besclierelle dit tilda, s. m. ;
le Complément de la 6« édit. du Die. de l'Académie, par Barré, dit tilda, s. m, Littré
dit tilda. s. f. M. Gilliéron écrit un tilde. Voyons l'Académie, dernière édition. Il
n'y est pas. — Larousse? — Pas davantage. Voilà qui est embarrassant. Alors, pr enons
l'espagnol et le portugais, puisque tilde en vient. Bon ! En espagnol, il est des deux
genres! En portugais, féminin lorsqu'on écrit tilde, et masculin lorsqu'on écrit til !
alors, suivons l'élymologie: titulus est masculin. Oui, mais le bas-latin a sûrement
une forme titilla. Que le diable l'emporte!