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LE DÉSEBT. 287
chagrine qui, pour être neuve, tente le paradoxe et la contro-
verse, et de ces éloges exagérés, plus malveillants peut-être au
fond que maladroits, qui, pour y mettre leur idole prétendu,
renversent de leurs piédestaux ces dieux immuables de l'har-
monie, Beethoven, Mozart et Weber.Tâchons d'oublier toutes
ces voix du dehors pour n'entendre que la voix qui chante les
solennités du désert.
Nous voici devant cette immense nappe de sable éten-
due sous le ciel, et dont l'horizon fuit sans cesse. Une
note soutenue nous révèle le sentiment de l'inûni que
communique à notre ame tout ce que nos sens ne peu-
vent percevoir d'une manière complète et entière. Quel-
ques sons rompent par intervalles le silence de la solitude. La
caravane apparaît dans le lointain et se déroule en longs replis
mouvants. Elle approche, elle avance, la voilà . On entend le
bruit des pas, le bourdonnement des voix. Silence! la musette
jette son chant naïf et simple comme tous les chants primitifs.
La caravane écoute et se repose. Mais l'air devient tout à coup
lourd et étouffant; les chameaux inquiets flairent la terre
de leurs larges et bruyants naseaux ; le ciel s'empourpre
à l'horizon ; un vent brûlant soulève des tourbillons de sable;
la nature pleure et gémit, hommes et dromadaires sont
haletants. Le simoun est maître de l'espace, il règne, il va
de l'un à l'autre bout du désert. La tempête est à son
comble. Mais le calme renaît par degrés et la caravane r e -
prend sa marche.
Tel est le premier chant de ce poème. Le second s'ou-
vre par une hymne à la nuit, et il est tout entier consacré
aux délices d'une fraîche soirée d'Orient. C'est d'abord la
fantasia arabe si originale et si entraînante; ce sont les A i -
mées qui viennent entremêler leurs gracieux quadrilles.
L'homme, remis de ses émotions et fortifié par la brise du
soir, se croit vainqueur du désert, parce que la tempête a
passé au dessus de son front sans le renverser; il laisse Ã
cette heure éclater sa voix dans un chant plein d'orgueil et
d'énergie. Puis, vient, la Rêverie du soir, cette délicieuse
cantilène, pleine de mollesse et d'abandon, qui vous berce
d'amour en vous apportant un bienfaisant sommeil, doux
chant que Mlle Bouvard n'a pas senti ni rendu. Tout est rentré
dans le silence, et la nature s'est endormie avec la caravane.
Le dernier chant célèbre le lever du soleil. Le grillon, la ci-
gale, tous les insectes saluent la première aube de leurs mur-
mures toujours croissant jusqu'au complet épanouissement de