Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
510                 DU BIEN DANS L'ABSOLU

l'envie à la haine; cet égoïsme le conduit â la haine de Dieu.
Il veut donc le bonheur, mais non pas Dieu. Puis, de ce qu'il
agit par lui-même et qu'il sent qu'il subsiste, il se persuade
qu'il peut aussi exister par lui-même. Alors, persuadé qu'il
peut devenir comme Dieu, sicut dû, il tente l'acte effroyable
de l'orgueil. Or, Dieu étant sa loi. Dieu étant son créateur,
Dieu étant la beauté infinie, il commet donc le triple et
épouvantable crime de la révolte, du parricide et du viol.
    Tel est l'orgueil. L'orgueil, disons tout en un mot, c'est
la destruction complète de l'amour.
    Déjà nous l'avions entrevu, le mal n'est pas de désirer le
bonheur, mais de le désirer trop tôt et sans amour. Le mal
 est de vouloir précisément ce que Dieu a eu pour but d'éviter
 lorsqu'il a enfermé l'homme en ce monde, c'est-à-dire, qu'il
 désirât jouir du bien-être avant que son être se fût cons-
 titué, qu'il désirât entrer dans la félicité avant que sa per-
 sonnalité se fût formée pour la contenir.
    Car, tu le sais bien, ô homme! si tu desires trop tôt le bon-
 heur, c'est que tu as plus d'égoïsme que d'amour; et si l'é-
 goïsme devient l'état de ton cœur, l'amenant à fuir l'être, il
 descend de la cupidité à l'envie, de l'envie à la haine, et
 tombe dans l'orgueil. C'est là que ton ame, frappée de la der-
 nière illusion de l'égoïsme, au point de croire qu'elle peut
 se suffire d'elle-même, tente l'effroyable crime.
    Elle est facile, maintenant, l'analyse de l'orgueil ; cette ana-
 lyse est un récit qui suit toutes les lois de la psychologie.
    L'homme, subordonnant la loi d'unité à la loi d'individua-
 lité, concentre son amour sur soi-même : Egoisme; en con-
 centrant son amour sur soi-même, il l'éloigné et le retire de
 tout ce qui n'est pas lui-même : Envie; ramenant tout à lui-
 même, et retirant son amour de tout ce qui n'est pas lui,
 il repousse tout ce qui ne veut pas céder à son moi : Haine;
  usant de sa force pour que tout vienne céder à son moi, il