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    502                 DU BIEN DANS L'ABSOLU

    soi porte son cœur sur lui-même, et fait qu'il s'aime ; la ten-
    dance hors de soi porte son cœur vers Dieu, et le lui fait aimer.
        De là, dans l'homme, deux amours: l'un qui le concentre
    en lui-même, l'autre qui l'élève au delà de lui-même. Par le
    premier amour, l'homme aspire à s'unir à Dieu pour aller
    prendre part un jour, par le don de son cœur, aux joies de
    l'existence éternelle. Par le second, l'homme s'éloignerait de
    Dieu et se trouverait obligé de devenir à lui-môme son dieu,
    et de vivre de soi en pénétrant dans tous les plis et replis de
    l'existence humaine.
        Or, la tendance vers soi porte tout de suite avec elle sa jouis-
    sance, parce que l'homme peut se saisir ; et c'est là ce qui le
    tente. Avant de jouir de l'être absolu, dans son impatience du
    bonheur, l'homme veut commencer à jouir de son être, et de là il
    se prend à s'aimer. C'est ainsi que par le fait, l'amour qui le
    concentre en soi, a de plus pour lui la séduction de l'actuel.
        Toutefois donc, il est clair que le premier de ces amours,
    celui qui résulte de la tendance vers soi, doit être subordon-
    né au second, puisque la loi d'individualité, d'où il dérive,
    doit être subordonnée à la loi d'unité. Nous voyons im-
    médiatement une preuve expérimentale de cette vérité, c'est
    que si le premier de ces amours veut se subordonner le second,
    il perd immédiatement son nom pour prendre celui de son con-
    traire, l'égoïsme, parce qu'il n'a plus alors en vue que le moi.
    Or, tout le monde sait que l'égoïsme est l'opposé de l'amour.
        Au reste, nous allons reconnaître ces deux amours à leur
    produit, et voir lequel donne encore l'amour et lequel ne
    donne plus qu'un résultat opposé à l'amour.
        La tendance hors de soi, lorsqu'elle tient sa juste pré-
    dominance , porte le cœur à se répandre hors de lui-
    même, conséquemment à se donner à ce qui n'est pas lui,
    conséquemment à s'attacher a tout ce qui répond à son désir
    d'union : et c'est là l'amour. La tendance vers soi, lorsqu'elle




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