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                  EXCURSION DANS LE MIDI.                    235

 bien sur le compte du soleil et de la lune, que sur le compte
 des aubergistes et des ponts et chaussées.
    Avec les premiers, pour peu qu'ils aient fait deux lieues
du côté des Alpes ou des Pyrénées, en sortant de Paris ou de
Pontoise, le ciel sera désormais revêtu d'une éternelle robe
 d'azur; il y aura toutes sortes de brises, on ne peut plus
amoureuses, qui sèmeront en dansant des marguerites dans
les prés et mille parfums dans l'air. Jamais il ne pleuvra ;
les arbres seront toujours verts. Toutes les femmes qu'ils au-
 ront aperçues, sous les slores de la diligence, seront inva-
riablement belles et agaçantes; elles auront la taille élan-
cée des palmiers du désert, les petits pieds fabuleux de Cen-
 ilrillon et de grands yeux noirs d'Andalouse. Les villes où
séjourneront ces voyageurs, seront nécessairement ornées
 d'une infinité d'églises plus ou moins gothiques. A défaut d'é-
glises gothiques, il y aura toujours, pour le moins, une fon-
taine-municipale à admirer. Cette classe de voyageurs séduits
par les émigrations de Byron et de Lamartine, se recrute or-
dinairement dans les écoles et les ateliers, parmi de bons
jeunes gens frais émoulus sur les choses du monde, des étu-
diants tranchant du Child-Harold, ou des rapins qui éprouvent
le besoin de la couleur locale.
   Avec la seconde variété de voyageurs, les choses changent
bien de face ; le ciel qui tout à l'heure était bleu devient
gris. Au lieu des chaudes brises d'orient, c'est la rafale de mer
semant au loin ses froides giboulées, ou c'est l'impétueux
mistral, sorti des flancs du mont Ventoux, avec son manteau
d'hiver, ses mitaines, son nez vert pomme et ses rhumes
de cerveau. Toutes les roules sont mauvaises ; toutes les di-
ligences embourbées, tous les maîtres d'hôtels sont des em-
poisonneurs patentés. Pour ceux-là, il n'y ani monuments pu-
blics, ni cathédrales moyen-âge qui vaillent la peine de se
déranger. Quant aux femmes, peu s'en faut que, à l'instar d'un
touriste anglais, ils n'écrivent sur leur album qu'elles ont
toutes les cheveux rouges et le caractère acariâtre. Cette es-