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596 LA REVUE LYONNAISE d'une partie de l'action et une religieuse pour principale héroïne : M. Daudet s'en est tiré avec beaucoup d'adresse et de goût. A Lyon et ailleurs, M. le baron Raverat est réputé pour être un écrivain labo- rieux, actif, plein de conscience et d'une 'grande fécondité. Dernièrement, la collection volumineuse de ses productions s'est enrichie d'un ouvrage de plus ; Lyon sous la Révolution, où il a réuni trois épisodes pleins d'un sombre et poignant intérêt : le meurtre de Poleymieux, les égorgements au château-tort de Pierre-Seize et la fusillade des Brotteaux. Une liste complète des condamnés à mort, fusillés ou guillotinés à Lyon en 1793 et 1794, sert d'appendice à cette publication, précieuse pour l'histoire locale. A. P H I L I B E R T - S O U P É . MES SOUVENIRS, petites études, par THÉODORE DE BANVILLE ; un vol. in-18. Paris, Charpentier, éditeur. Prix, 3 fr. 50. Décidément la mode est aux souvenirs. Tout le monde en fait, parce que tout le monde veut en lire. A côté de la grande critique qui raisonne et tend l'esprit, c'en est une autre, moins prétentieuse et plus aimable, ayant jeté par-dessus les moulins tous les gros problèmes d'esthétiques, leste etjaseuse, faisant d'une étude un babillage, d'un portrait un caprice, crayonnant une figure au hasard des indiscrétions et des trouvailles récoltées de ci de là dans la vie intime d'un illustre défunt. Du temps où la reine Berthe filait, les critiques enfermaient les poètes dans un petit nuage rose avec un coup de soleil sur le front et de petites étoiles dans le dos, ce qui leur donnait l'air de demi-dieux. Aujourd'hui que nous n'avons plus un grain d'enthousiasme, on les déshabille curieusement, on met le nez dans leur vie, la main dans leurs tiroirs, on veut savoir de quel bois ils se chauffent, quel tabac ils fument, on les désarticule comme des hommes en carton pierre, on les esquisse au saut du lit, en serre-tête, avec leurs pieds plats etleurs yeux ahuris, sans leur laisser le temps de poser leurs grands airs, de s'orner de leurs breloques, ou de coiffer leur perruque. Tout bambins, on ne nous donnait pas un Polichinelle, que nous ne le cassions aussitôt pour savoir d'où en venait la musique, maintenant que nous sommes des gens sérieux, on ne nous présente pas un grand homme, que nous n'en regardions aussitôt la doublure pour savoir d'où lui vient son talent. C'est une rage, à notre époque, de savoir le dessous et le dedans des choses, le mécanisme et le procédé. Chaque renommée a sa recette, que l'on veut connaître. Un fin dilettante court les ateliers et laisse le benoît public bâiller aux expositions. La mode est de savoir par le menu, les mille et une balivernes d'un maître et d'ignorer ses œuvres. Gomme c'est bien plus inté- ressant pour un oisif artiste d'employer le doux nonohaloir de chaque matin à aller voir poser le modèle, poindre l'ébauche, se dessiner l'œuvre sous ses angles et ses tâtonnements, que de se précipiter' à la première du Salon, pour s'extasier une minute, dans une foule de gens indifférents ou complimenteurs, devant le tableau du maître, tout fini, tout pomponné et tout reluisant dans l'or de son cadre ! Aussi chaque illustre a-t-il maintenant son espion qui l'assiège aux heures d'intimité et le délaisse aux jours de parade. Outre la note officielle qui consacre son succès, on se passe de mains en mains une gazette officieuse et anecdotique. Dessous de masques et dessous de cartes ; cancans et médisances. C'est l'histoire en petits papiers. C'est la critique d'après Bachaumont.