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318 LA R E V U E LYONNAISE que leurs auteurs ont volontairement déguisés, mais seulement sai- sir ce qui a été apparent, et, par le trait qui les trahit, laisser entendre ce qui se devine. C'est la princesse de Gonti qui vend toutes ses pierreries pour en distribuer le prix aux pauvres, jusqu'à un royal collier de perles auquel elle tenait plus qu'à autre chose sur cette terre et — voici qui peint l'eifort — qu'elle ne laisse pas, avant de s'en séparer, de regarder une dernière fois en jetant un petit soupir. C'est la duchesse de Liancourt, qui, pour retirer son mari du tourbillon où il se perdait, imagine d'embellir sa terre, mais qui, dès qu'elle a attiré l'agneau repentant au bercail, se reproche d'avoir trop orné son exil et veut démolir de ses propres mains cette trop agréable prison. C'est le duc, son mari, qui, devenu pénitent, se défait de tous ses tableaux, estimés 50.000 écus, afin de soulager Les pauvres et de n'avoir plus d'affections terrestres. Ce sont de grands seigneurs, des cordons bleus, des princesses qui ne peuvent vendre leurs biens, à l'exemple du jeune homme de l'Évangile, parce qu'ils ont des devoirs sociaux et des charges pu- bliques à remplir, mais qui, à peine sortis de Versailles et dépouillés de leur parure officielle, vivent d'un pain de son, fait exprès pour eux, du plus maigre que l'on ait pu trouver, et auquel on mêle juste de farine ce qu'il faut pour quelque liaison. C'est la belle Marthe du Vigean, distinguée du prince de Condé, qui pouvait un jour aspirer à la main du vainqueur de Rocroy, et qui, touchée de la grâce, met bas l'enseigne, selon le mot de saint François de Sales, rompt avec le monde et s'ensevelit, après deux ans de postulat, au Carmel. C'est le chevalier de Sévigné qui, à cinquante ans, jette au loin son luxe et son élégance, dont il ne garde, — pardonnons-le à sa tête chauve, — que son parasol, et va s'enfouir pendant quinze années dans un faubourg désert de Paris, afin de mieux se retirer du côté de Dieu. C'est la duchesse de Longueville, la fière générale de la Fronde, qui couvre de cendres ses blonds cheveux, dont elle avait autrefois fait un diadème, et qui, devenue soudain humble et pénitente, n'éprouve plus, dans la retraite où elle s'est enfermée, d'autre