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DE LA R E S P O N S A B I L I T É L I T T É R A I R E 553 les lettres. Mais ce qui n'est pas moins vrai, c'est que les plus hon- teux de ces livres restaient souvent relégués dans les lieux ré- servés, et quand la publicité les étalait au grand jour, la justice intervenait. Le nombre de ces livres d'ailleurs était borné, et les lecteurs aussi. Les éditions multipliées presque sans limite étaient inconnues. Si, en outre, la similitude entre le temps passé et le temps pré- sent est appliquée aux moeurs, aux désordres scolaires dont on se préoccupe avec raison, je crois être dans le vrai en signalant, au contraire, une différence et de temps et de moeurs. J'en appelle, sur ce point, à l'expérience de tous ceux qui ont vécu dans l'ancien monde scolaire. Le livre corrupteur pour l'esprit, pour les mœurs, introduit dans un collège, même dans l'intérieur de la famille l'était jadis surtout clandestinement. On peut aussi affirmer que la plupart des livres surtout des romans glissés furtivement à Tabri d'un défaut dé sur- veillance assez vigilante pourraient passer pour des pastorales, comparés aux écrits que la liberté de la presse avec ses allures actuelles, le colportage, l'étalage publics, mettent à la disposition de l'écolier comme de tout venant, quelles que soient les hardiesses des écrivains les plus émancipés en esprit, en imagination et en style. D'un autre côté le souffle d'indépendance et de liberté à outrance qui agite tant d'esprits se fait sentir jusque dans l'école. Le régime démocratique progressif exclut d'ailleurs aux yeux de la foule les lois répressives en matière de morale, de religion et même quand il s'agit des traditions les plus vénérables. Les moeurs scolaires ont changé, quant à la discipline et quant à l'autorité du maître. Les faits le confirment et les maîtres eux- mêmes l'avouent. De tout temps sans doute l'écolier a cédé à l'entraînement du nombre dans des émeutes, dans ces mutineries de collège dont tous nous avons pu être les auteurs, les complices ou au moins les témoins pendant notre vie d'écolier. De tout temps, en effet, la contrainte, l'aspiration vers l'indépendance, la turbulence de l'âge ont inspiré à la jeunesse des écoles des infractions à la règle disciplinaire et à l'uniformité de la vie de collège. Mais ne