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                                BIBLIOGRAPHIE                                       489

   Il s'agissait de conquérir le cœur d'une jolie meunière, d'acquérir un mou-
lin, le tout enchevêtré et dépendant ; j ' a i oublié la chanson, non le refrain, qu 1
était :
                       Ou le moulin sans la meunière !
                       Ou la meunière sans moulin... hin!...

   Gela faisait beaucoup d'effet : l'opposition entre le cœur et l'intérêt, les senti-
ments de l'âme et ceux de la tête, s'entre-heurtaient d'une façon que le talent de
l'artiste rendait fort attrayante.
   Il y a quelque chose de cette symphonie de rythme dans le titre du beau
 volume que nous avons sous les yeux.
   Rimes et raison, c'est meunière et moulin. C'est l'imagination, la poésie, la
folle du logis, incarnant l'amour, l'illusion, l'harmonie, l'aspiration, d'un côté,
et, c'est de l'autrecôté, la raison pratique, le bon sens, le moyen et le complément
du pot-au-feu, les sages conseils de l'expérience.
   Certes, ce n'est pas à dire ici que poésie et morale soient choses incompa-
tibles : que là où il y a de la rime, il soit nécessaire que la raison s'éclipse.
   Au contraire, le vrai poète est un voyant: et par de là la rime à laquelle il
plie sa pensée, il peut atteindre les hauts sommets de l'intelligence humaine, et
formuler les principes du beau, du bien, de la justice et de la vérité en strophes
ailées qui, volant à travers les siècles, éclairent, instruisent et fortifient les géné-
rations des hommes.
   Léon Ladulphi, champenois, disait jadis, en ses Propos rustiques (p. 460) :
« De quoy le povre Robin rioit à gorge desplôyée, disant qu'il n'y avait rithme ne
reson en son affaire. » On savait bien, il y a quatre cents ans (on trouve des
exemples de cette locution au quinzième siècle) ce que cela voulait dire, une
affaire ou une œuvre (opus) « sans rime ni raison ».
   Cela signifiait, alors comme aujourd'hui, quelque chose de fou, de décousu, d3
plat, d'extravagant, d'inconséquent, de fâcheux et d'inutile, à tout le moins.
   — « Mais alors, rime et raison, c'est tout le contraire ?
   « Voilà qui est bien jugé, ami lecteur, et pour vous en convaincre, prenez et
lisez ce beau et bon volume que vient de publier M. Mazuyer. »
   « Souvenez-vous de moi, » dit l'auteur à ses amis connus et inconnus, à la
première page de ce livre qu'il a mis vingt ans à composer.
   Il y a réuni les vers très variés de forme et de rythme, publiés par lui en
divers temps, pour ses amis, et non pour le grand public, de 1868 à 1882, sous
les titres de: Rimes et Raison. — Petits vers philosophiques.          —• Poésies d'un
vieux rural. Le souhait modeste de l'auteur sera exaucé.
   Après l'avoir lu et relu, car beaucoup d'entre ces pièces détachées se relisent
avec plaisir pour l'esprit et profit pour le cœur, nous avons une sincère envie
d'appliquer au livre et à l'auteur le vers si connu d'un grand poète :

             Ton livre est ferme et franc, brave homme, il fait aimer.

   Il fait aimer en effet, tout ce qui est noble et grand, la religion,, la patrie,
la famille, tout co qui est honnête et digne de louange.
   Le poète sait aussi s'indigner, et l'énergie chez lui n'est pas exclue par la
grâce. Si parfois le poète flagelle rudement les malfaiteurs, couronnés ou non, on