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-490 LA R E V U E LYONNAISE
sent que ce sont là :
... Ces haines vigoureuses,
Que sait donner le vice aux âmes vertueuses.
Mais il est particulièrement difficile de donner une idée générale de ce livre ; le
meilleur moyen serait de beaucoup citer, et la place dont nous disposons ici ne le
permet pas. D'un bout à l'autre, il règne dans ces pages, souvent spirituelles et
jamais banales, un souffle humoristique, une philosophie aimable, point revêche,
gauloise à son heure et « bonhomme » entre temps. Mais si le trait est vif
souvent, il n'est ni bas, ni trivial, la morale est ferme et saine, soit que le poète se
moque du gandin étriqué, cliétif et blême, ou de la [mondaine qui montre sa
gorge nue, mais cache ses mains dans des gants, soit qu'il dise leur fait à la
fausse science, aux vices et aux folies du temps, sur lesquels il frappe à coups
redoublés.
M. Mazuyer n'est pas seulement un moraliste, un penseur, un patriote, un
chrétien, un poète, ce qui est déjà beaucoup, c'est aussi un esprit éminemment
français, et primesautier.
Tel de ses vers reste empreint tout entier dans la mémoire, et s'il se défend
avec finesse de faire des sonnets qui vaillent de longs poèmes, il ajoute avec
bon sens qu'étant courts les sonnets qu'il compose en seront moins ennuyeux.
Le défaut de son livre est justement dans la brièveté et le contraste des mor-
ceaux qui le composent. C'est une mosaïque, où les riches couleurs d'une pièce
satirique se heurtent aux pâles reflets d'une élégie, ou aux sombres colorations
d'un chant de vengeance patriotique. 11 nous semble qu'il eût été préférable de
grouper les fragments de ce livre dans un ordre plus harmonique. L'auteur a
craint la monotonie, et il a enfilé dans un même collier qu'il déroule le long de
son livre, perles fines et verroteries clinquantes, grains de jais aux sombres
éclairs, gouttes de rosée et gouttes de fiel.
Il s'ensuit pour le lecteur une certaine fatigue, et l'on s'en aperçoit surtout, au
repos relatif que l'on goûte, à lire à tête reposée, dans la troisième partie, les
« Scènes bibliques », traduction en beaux vers, harmonieux et calmes, de quel-
ques portions des Livres Saints. [Cest moins amusant, moins imprévu que le reste
du livre, mais les contrastes moins heurtés permettent aussi de mieux juger de
l'inspiration du poète, du talent du peintre, de la ferme tendance spiritualiste de
l'auteur de Deux Prophètes, de Consolation, du Son Samaritain.
Il y aurait une intéressante comparaison à faire de ces traductions de la Bible
avecles essais analogues delà baronne de Montaran (Paris, F . de Mellado et C °
i'n-8, 1868), de M. Adrien Brun (Paris, Hetzel, in-8), 1862, de Marc Monnier
(La Vie de Jésus, Sandozet Fischbacher, in-8. 1874,), sed non est hic locus...
Une autre série est celle des pièces inspirées par les souffrances, les mal-
heurs, les lugubres destinées de la France, pendant « l'Année terrible ».
Une sève patriotique est répandue dans ces vers alertes, fiers, frappés au
coin de la colère vengeresse, plutôt qu'à la marque atténuée de la résignation.
Mais la poésie guerrière est toujours plus ou moins mêlée de politique, cette
peste de notre époque et de notre pays, où les hommes d'État, pour avoir abusé de
cette nourriture malsaine, n'ont guère plus de stature que les politiciens d'Amé-
rique. A ce titre, là poésie belliqueuse éloigne certains admirateurs de la muse*
et) il faut le dire, ces morceaux, composés sous le souffle indigné de la haine