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                        EN TRAIN R A P I D E                        363
 dront mieux que moi à cette question. Je constate seulement qu'elle
sourit gracieusement à Christian qui arrivait, tout honteux d'avoir
été surpris dans son extatique adoration.
   « Eh bien ! Monsieur. Quelles nouvelles ? Resterons-nous
encore longtemps ici?
   — Il n'est, grâce à Dieu, rien arrivé de bien fâcheux. Il s'agit seu-
lement d'un léger accident survenu à la machine et qui sera bien
vite réparé. Tout au plus aurons-nous une heure ou deux de retard.
   — Une heure ou deux, ô ciel ! Et papa qui m'attend à la gare !
Comme il va s'impatienter ! Lui qui trouve déjà que les chemins
de fer français marchent si lentement.
   — Monsieur votre père sera sans doute renseigné à la gare sur
les causes de ce retard, et il n'aura pas à éprouver d'inquiétude
sur votre sort.
   — Bah! reprit-elle avec insouciance : il ne faut pas se plaindre
trop fort pour des désagréments du genre de celui qui nous arrive.
En Amérique, nous sommes habitués à bien pis que cela. »
   Ils causaient tous deux maintenant d'un air de bonne camara-
derie qui ravissait l'heureux Christian. Elle conta comment un
employé de son père, allant de New-York à San-Francisco avait
déraillé trois fois, été précipité dans un ravin et n'avait échappé
que par miracle à l'incendie qui consuma deux wagons du train
dans lequel il se trouvait. Elle-même avait couru plus d'un danger
en voyageant. Christian, suspendu aux lèvres de la jeune fille (il
savait maintenant, et cette découverte l'avait enivré de la joie la
plus pure, qu'elle n'était point mariée) buvait ses paroles : il
frémissait au récit des périls qu'elle avait traversés : sa physio-
nomie essentiellement mobile trahissait toutes ses impressions.
   « C'est que, ajouta-t-elle, on ne nous élève pas de la même
manière que vos jeuues ûlles de France qui, au reste, pour la
plupart, sont charmantes, et parmi lesquelles je compte d'excel-
lentes amies. Les pauvres petites, elles ne bougent guère d'auprès
de leur mère. Elles ne sauraient faire un pas dans la rue sans être
accompagnées. Et cependant elles voient leurs frères tout jeunes
jouir de leur liberté, aller, venir, comme bon leur semble. Croyez-
vous qu'elles n'éprouvent pas parfois' des révoltes intérieures et
qu'elles ne seraient pas bien aises de sortir de leur cage ?'