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E X P R E S S I O N S DE TENDRESSE EN USAGE A LYON 3*5
sa jeune sœur qu'il aimait beaucoup, Joseph Pagnon, dont j'ai
publié les Lettres, avait écrit d'une maia distraite, comme si elle
eût suivi malgré elle sa pensée, « mon petit chou », bien que la
lettre portât cet en-tête plus grave : « Ma sœur. »
Le Berry dit comme nous. A Genève, on a fait de chou le dimi-
nutif chougnet, chougnette.
Que de fois n'ai-je pas entendu des benonis s'exclamer sur l'ab-
surdité de cet emploi de chou. Un chou n'est pas chose si aimable,
dit-on ! Voire que, chez nous, les ménagères soigneuses, lorsque
l'on fait cuire des choux, ont toujours l'attention de jeter l'eau, non
sur ou sous l'évier (selon qu'il y a ou qu'il n'y a pas de conche),
mais, parlant par respect, dans les communs, vu la grande infec-
tio'n et puanteur. Encore y a-t-il des communs délicats qui se plai-
gnent. — D'autres (pas des communs, des gens) qui se croient fins
davantage, voient dans « mon petit chou » l'idée d'un chou à la
crème, ce qui serait bien puéril, on le confessera.
Nous ne sommes pas encore si gnougnes. Il ne s'agit ici ni de
légumes ni de pâtisseries, mais du radical de notre verbe lyon-
nais chouer, caresser, flatter : « C'est le mari de la Nanon qu'est
bien choué ! un vrai coq sans pattes ! »
C'est le vieux français chuèr, flatter, caresser, blandir, que
Montaigne emploie par extension sous la forme chouer, pour
tromper par des flatteries, tromper en général. Chuer, chouer
est devenu chouyer, puis enfin choyer dans la langue mo-
derne.
Le mot lyonnais n'est donc pas une corruption de choyer, mais,
au contraire,la forme primitive du mot français. Le Berry dit comme
nous chouer, même sens, et l'italien soiare, qui est évidemment
une forme différente du même mot.
Il est infiniment probable que c'est le verbe chouer qui est.dérivé
de chou et non la réciproque, mais ce radical appartient à l'inté-
ressante et nombreuse famille des Pasconnais. Quel est, le peuple
qui le premier a dit mon petit chou à l'objet aimé, nous n'en
savons absolument rien. C'est un mot qui n'a laissé aucune trace
dans aucune langue, mais nous concluons du verbe chouer à son
existence, aussi sûrement que Bridoison concluait de l'existence de
Figaro à celle de son père.