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LA VIE I N T É R I E U R E AU D I X - S E P T I È M E SIÈCLE 307 son bagage s'est allégé ; l'orgueil qui enfle est abattu, le n onde lui a retiré ses lourdes faveurs, le poids des remords a été emporté par le pardon et par les larmes, et, au fond de son coeur dépouillé de tout, la paix règne en souveraine. Est-ce à dire que le dix-septième siècle ait partout atteint cet idéal? Non, les passions étaient trop fougueuses, les mœurs encore trop indisciplinées et, en certains lieux, trop voisines de la licence pour que toutes les âmes aient rencontré cette perfection si rare et si difficile. Mais il n'est pas douteux qu'en aucun temps, chez nous, elle n'y ait été poursuivie avec plus de constance, de bonne foi, de simplicité et, quelquefois, avec plus de succès. Aussi, cette phase trop passagère de notre société a-t-elle une importance historique que l'on a trop dédaignée. Il s'opérait alors dans les consciences un grand mouvement qui ranimait partout la foi catholique ébranlée au siècle précédent. On avait vu, dans ce siècle, apparaître successivement saint Pie V, saint Ignace, saint Charles Borromée, saint Philippe de Néri, saint François Xavier, sainte Thérèse, saint François-Régis, le bienheureux Fourier, le cardinal du Perron et tant d'autres dont les prédications ardentes avaient rallumé dans toutes les contrées mais principalement en Italie, en France et en Espagne, les flammes d'une piété oubliée. La révolte de Luther avait été le signal d'une rénovation presque universelle. A l'action dissolvante, succédait alors la réaction reconstitutrice. L'état religieux se relevait de ses ruines, les couvents se réformaient et se repeuplaient, l'ordre sa- cerdotal refleurissait ; sur la souche à moitié déracinée des vieilles abbayes venaient se greffer de jeunes congrégations pleines de vie, de dévouement, de charité, de ferveur. Les Jésuites rouvraient leurs collèges, César de Bus instituait les Pères de la doctrine chrétienne, M. Olier fondait la société de Saint Sulpice, M. Bour- doise le séminaire de Saint-Nicolas, et le cardinal de Bérulle jetait les premières assises de l'Oratoire. Les chaires étaient envahies ; les missions se répandaient jusque dans les plus humbles villages ; une foule déjeunes prêtres se lançaient, brûlants de zèle, à l'assaut de l'hérésie et à la conquête des âmes. L'un d'eux, au nom encore obscur, Vincent de Paul, allait ramasser, dans le bagne d'Alger, les chaînes d'un pauvre captif qu'il rachetait au prix de sa propre