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— 480 — Cette certitude est d'abord étayée par des données historiques : vers 1166, puis vers 1171, les comtes de Chalon, de Mâcon ainsi que les seigneurs de Tournus, avaient successivement ravagé les abbayes de Cluny et les monastères qui en dépendaient ; ils eurent à soutenir une guerre contre le roi de France, Louis VII le Jeune, que les moines de Cluny avaient appelé à leur aide. Depuis un demi-siècle déjà , les rois de France intervenaient comme arbitres dans les différends entre communes et seigneurs ; ils favori- saient les premières aux dépens de ceux-ci dont la conduite à l'endroit des populations était plus souvent arbitraire et injuste que légale et bienfaisante. Les princes rebelles durent se soumettre : le roi fit réparer les ruines et construire l'église d'Avenas en témoignage de sa piété : il avait beaucoup à se faire pardonner depuis l'épouvantable incendie de l'église de Vitry dont ses troupes s'étaient rendues coupables et il ne se croyait jamais quitte envers Dieu. L'église appartient à l'école romane bourguignonne qu'on appelle plus justement clunisienne. Elle est d'une simplicité toute rustique, et le granit rouge de ses cintres témoigne plutôt d'une recherche de solidité que d'élé- gance. D'ailleurs, on le trouvait sur place, tandis qu'il fallait aller chercher dans les terrains secondaires des environs de Tournus ou de Solutré la pierre calcaire qui forme l'autel. Cet autel, orné de sculptures en haut relief sur trois faces, est la pièce la plus remarquable et la plus précieuse de l'édifice ; car il enlève tous les doutes1 qui pourraient subsister sur la date de l'église ; l'inscription gravée en lettres régulières par un lithoglyphe habile sur la face droite de l'autel, le tracé des lignes, le modelé des figures et une foule de détails, tout annonce une œuvre de la seconde moitié du xne siècle. Tout a été dit2 sur ce pré- cieux joyau de sculpture médiévale ; nous nous bornerons à l'indication des motifs et à quelques observations succinctes. La face antérieure de l'autel représente le Christ et les douze apôtres ; le Christ siège sur un trône au centre d'une grande auréole elliptique d'une 1. On ne connaît pas de rétable sculpté antérieur au Xe siècle ; l'attribution à Louis le Débonnaire est donc impossible. 2. Cf. Cucherat, Avenas. — Revue Lyonnaise, 1885, etc.