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— 396 — bien ainsi, point par point, que les choses se passèrent, puisque dans la même séance du 2 août 1786, où fut proclamé lauréat le sieur De Long- champ (Marat), l'Académie de Rouen annonça que les fonds refusés à la fois par ce lauréat et par le fondateur anonyme (Gourdin) serviraient à la mise au concours, pour 1787, d'un nouveau sujet de physique ainsi libellé : « Les expériences sur lesquelles repose la doctrine moderne de la chaleur latente sont-elles décisives ? ». Cela sent son Marat d'une lieue! Les archives de l'Académie de Rouen n'ont malheureusement pas conservé tous les documents et mémoires relatifs à ce prix. On sait seule- ment que le mémoire envoyé par Marat portait comme épigraphe ces mots bien choisis : Grata vice veri, que ce mémoire obtint le prix et que le billet cacheté indiquait, comme nom d'auteur, M. le chevalier de Soyecourt ou Soyencourt. Il existait en Normandie une famille de ce nom, mais Marat (car c'était le pseudonyme qu'il avait choisi) l'ignorait peut-être. En tout cas, aucun doute ne peut subsister à cet égard, puisque, dans son même Recueil autobiographique dont j'ai déjà parlé, Dom Gourdin dit aussi textuel- lement que « Marat, ayant laissé l'argent du prix extraordinaire de physique de 1786, il a, en 1787, remporté un troisième prix sur la chaleur latente »! D'ailleurs, ajoute-t-il, l'Académie de Rouen ne tarda pas à connaître ce lauréat à répétition, et « elle s'applaudit d'avoir eu la bonne fortune de comp- ter parmi ses lauréats un physicien célèbre » ! L'Académie de Lyon, mieux inspirée ou mieux informée, ne fut pas du même avis, et on doit l'en féliciter. Ci finit la funambulesque et véridique histoire des prix de l'Académie de Rouen, qui constitue littéralement, pourrait-on dire, l'un des deux actes de la double comédie qui se jouait à la fois sur les deux théâtres académi- ques de Rouen et de Lyon. Un troisième acte, nous le verrons, fut même ébauché à l'Académie de Montpellier ! Mais voyons d'abord le second acte joué à Lyon. m L5Histoire de VAcadémie de Lyon, écrite et publiée en 1840 par J.-B. Du- mas, secrétaire perpétuel, bien que composée de deux volumes comptant 1.100 pages, présente, à côté d'une foule de détails inutiles ou insignifiants, un certain nombre de graves lacunes qu'il eût été cependant possible et