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LE SALON LYONNAIS 243
mièvrerie, par un coloris discret et aimable, par une composition
non sans énergie. Cette année MUe Rongier a voulu aborder la pein-
ture d'histoire puisqu'elle nous présente Louis XIII et Riche-
lieu après la signature de l'arrêt de mort de Cinq-Mars. Mais
on n'abandonne pas facilement une voie où l'on a rencontré le suc-
cès. Le tableau de M,le Rongier n'a d'historique que le titre. Il ne
suffit pas détailler un pourpoint noir ou de peindre une robe rouge
pour figurer Louis XIII et le grand cardinal. Dans l'histoire de
France, ces personnalités ont leur place et leurs traits marqués par
une tradition saisissante. Je vois bien dans l'abattement du roi
la faiblesse de l'homme qui pleure un ami, sans oser le disputer
à son ministre. Mais est-ce bien là le cardinal de Richelieu ? A tra-
vers ce regard attentif, je ne lis que la ruse ; je ne trouve pas la
grandeur et l'inspiration élevée de celui qui frappait en Cinq-
Mars moins un ennemi qu'un adversaire politique. Cette tête n'est
pas celle où germait et fructifiait cette haute pensée de l'unifi-
cation de la France. Dans ce tableau d'histoire, il n'y a pas de
mouvement historique'; les personnages sont les premiers venus.
Cette réserve faite, ilfaut considérer l'œuvre de MUe Rongiercomme
un très bon tableau de genre où je remarque et où j'admire toutes les
qualités habituelles de l'artiste qui mérite ses succès par un travail
toujours consciencieux.
Je voudrais bien pouvoir adresser à Y Othello de M. Richter
•les éloges dont il est digne, j'en suis convaincu ! Mais je dois me
borner à l'admirer de confiance et à le juger excellent rien que
sur le nom du peintre, tant il est invisible à force d'être sombre.
Je regrette aussi que M. Luminais n'ait fait à notre province que
l'honneur d'une simple esquisse dans laquelle il faut beaucoup de
peine pour retrouver le génie de l'éminent artiste auteur de tant
de chefs-d'œuvre.
Le Musicien florentin de M. Bauer est une toile honorable,
quoique sans grand relief. Elle tire son harmonie générale d'une
composition correcte, d'un coloris très soigné, malgré le vert
jaunâtre et le jaune verdâtre du dernier plan, et la teinte violette
un peu indécise, qui sert de dominante à l'ensemble du tableau.
M. Bauer a un pinceau distingué auquel on pourrait souhaiter
quelques audaces de plus. Du tableau de M. Hillemacher, je ne