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                        L E S G R È S DE B O U S G A R D O N                        137

la sylve des Cévennes pauvre en essences variées, mais splendide,
vigoureuse et touffue en maint endroit.
   Au bord des gardons, sur les contreforts des montagnes, dans
les plaines et dans les futaies, nombre de châteaux, forteresses,
maisons fortes, simples gentilhommières, dressent encore leurs
remparts et leurs tourelles ; la plupart ruinés, quelques-uns
ébranlés, d'autres restaurés, entiers, debout.
   Si le dicton du bas pays de Nîmes :
                         Noble dé Cévéna,
                         Très din un iou:
                         Moussu de la Goque,
                         Moussu d'au Grouvel,
                         Moussu de l'Iou *,

est vrai, cela explique peut-être cette pullulation de châteaux dans
cette pauvre contrée de laboureurs, où plus d'un paysan noble
menait autrefois la charrue dans ses champs, l'épée au côté, et où
des familles d'ancienne extraction envoyaient aux assemblées de la
noblesse de 1789, comme lesRichoud et les Bouillane du Dauphiné,
vingt-deux députés de leur nom, en habits de serge et en sabots.
   Certes, ils ne se ressemblent pas tous, les châteaux cévenols, il
y en a de beaux, il y en a de modestes, il y en a même que la
seule imagination peut reconstruire dans leur splendeur écroulée.
   Il y a Vezenobre, aux marquis de Calvière, belle et somptueuse
demeure, refaite au grand siècle, dans le style magnifique du
Roi-Soleil ; il y a Castelnau de Valence, sombre et solide for-
teresse féodale, élevée au douzième siècle, relevée successivement
de ses ruines de guerre pendant trois cents ans ; Saint-Privat,
au pont du Gard, Saint-Christol-lès-Alais, anciennes commande-
ries du Temple; il y a Toiras, presque caché dans la forêt de

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     Noble des Cévennes, (rois dans un œuf: Monsieur de la Coque ; — Monsieur du
Crouvel (la coquille de l'oeuf) ; — Monsieur de l'Œuf. — La noblesse des Cévennes
était généralement pauvre et nombreuse. Selon l'usage, l'aîné portait le nom de la
famille ou celui de la terre principale qui lui donnait son nom patronymique; les
autres fils portaientles noms des autres fiefs, terres ou même simples fermes, c'étaient
MM. de la Bastide, du Bosc, de la Hage, du Courlil, du Four, e'.c. Chacun d'eux
s'évertuait à se tailler une seigneurie dans le patrimoine souvent fort modeste qu'ils
avaient à se partager et le poète satirique s'est moqué à bon droit quelque part, de
ces sottes façons de quelque hobereau reniant son vrai nom,

                 Et de Monsieur de l'Isle a pris le nom pompeux.