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14 LA REVUE LYONNAISE —-Ah! moun paure Moussu, luchau pèr rèn de tout, respoun- deguè mèste Guintrand. — Yousrapelas, mèste Guintrand, d'aquel an q*e'sus lou prat se presentèron Meissounié, Quequino, Rabassoun, li très plus fier luchaire de Prouvènço, e que li faguerias peta d'esquino tôuti très? — Voulès pas que me rapelle? digue lou vièi luchaire en s'alu- .mant, es l'an que se prenguè la ciéutadello d'Anvers : i'avié cent escut de joio, em'un môutoun pèr li miech-ome! lou préfet d'Avi- gnoun que me touque la man ! li gènt de Bedarrido que cujèron se batre emé li Courtesounen; car quau tenié pèr iéu, quau èro con- tro... Ah ! que tèms ! noun pas aro, que si lucho, vau mai n'en pas parla, car se vèi plus ges d'ome, plus ges d'orne, Moussu! Pièi, s'entèndon entre éli. Iè touquerian la man, e countunierian d'ana. Pan; Moussu lou curât sourtié de clastro : — Bon jour, Messies ! — Bon-jour, Moussu... Ah ! tenès, digue Lassagno, Moussu lou Curât, perqué vous vese, fau que vous parle d'eiço : de-matin à la messo, m'avisave que nosto glèiso se fai bravamen estrecho, subre- tout li jour de fèsto... Cresès que farian mau de pensa de l'agrandi? — Oh ! aqui, moussu lou Maire, siéu en plen de voste avis : vès, ii jour de ceremounié, poudèn plus nous ié revira. . — E h ! bien, maire Guintrand, lui dit M. Lassagne, cette année nous présentons' nous à la lutte comme homme ou comme demi-homme ? — Ah! mon pauvre monsieur, nous ne sommes plus bon à rien, répondit maître Guintrand. — Vous souvient-il, maître Guintrand, de cette année où vinrent dans le pré, Meis- sonnier, Quequine et Rabasson, les trois plus fiers lutteurs de Provence, et que vous les tombâtes sur le dos tous les trois ? — Si je m'en souviens, dit le vieux lutteur, en s'animant, c'est l'année où l'on prit la citadelle d'Anvers: il y avait cent écus de prix et un mouton pour les demi-hommes ! le préfet d'Avignon me toucha la main, les gens de Bedarrides faillirent se battre avec ceux de Gourtheson, car qui tenait pour moi qui tenait contre... Ahl quel temps! Tandis que les luttes d'aujourd'hui il vaut mieux n'en pas parler : on ne voit plus d'hommes, plus d'hommes, Monsieur. Et puis les lutteurs s'entendent entre eux. Nous lui touchâmes la main et nous continuâmes d'aller. Bon ! voilà M. le Curé qui sort de chez lui ! — Bonjour, Messieurs. — Bonjour, Monsieur... Ah ! tenez, dit Lassagne, monsieur le curé, puisque jevous vois, il faut que je vous parle de ceci : ce matin à la messe, je m'apercevais que notre église déviant vraiment, trop petite, surtout les jours de fête. Croyez-vous que nous ferions mal de songer à l'agrandir ?