Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                              — 203 —

teilles de vins étrangers et emportent jusqu'à la volaille. Chez le curé du
Gaz, ils tirent leur sabre, menacent de couper la tête à la servante, empor-
tent l'argent et le linge du curé, font essuyer à la domestique des outrages
inouïs, les tiennent deux jours en arrestation, mais gardent le linge et
l'argent (i). Enfin, les brigandages les plus horribles, la tyrannie la plus
exécrable, tels sont les exploits de Vauquois, Menu, Piéry et autres ».
       Toujours d'après l'acte d'accusation, Contamin « prêchait publique-
ment le pillage ». A la tête de l'armée révolutionnaire, il avait saccagé vingt
neuf maisons. « Il suivait le système d'athéisme des Hébert, des Gobet, des
Chaumette ». Enfin « on ne peut douter que ces individus n'aient été de
agents de Pitt masqués en patriotes ».
       Vauquois seul fut condamné à mort et exécuté le 27 messidor an II
 (15 juillet 1794). Sa qualité d'ami d'Hébert, plus que ses exactions, semble
lui avoir attiré le dernier supplice. Ses trois compagnons furent reconnus
 non coupables et remis en liberté. D'après Romain Bouquet, ils avaient
 réussi à s'assurer des « défenseurs officieux », c'est-à-dire des avocats, au
 sein de la Société des Jacobins. Menu s'honora, ou, si l'on préfère, se
 racheta, huit jours plus tard, par un acte méritoire : il donna son témoi-
 gnage à un autre Lyonnais, le général Seriziat, détenu à la prison du Plessis,
 dite sinistrement « Egalité ». Le certificat qu'il rédigea en faveur de cet
 officier pouvait avoir un certain prix. Seriziat, que Menu devait parfaite-
 ment connaître, car, nous l'avons déjà dit, l'ex-curé de la Guillotière avait
 été tout d'abord vicaire à Vaise, où le général avait une grande partie de sa
 famille, était poursuivi pour connivence et complicité avec les rebelles de
 Lyon. Bien qu'il n'eût fait que remplir dans cette ville une mission dont
 Dubois-Crancé l'avait chargé, le représentant du peuple l'avait accusé de
 trahison. Menu attesta qu'en traversant le Guillotière pour retourner à
  Grenoble, Seriziat lui avait, au contraire, parlé « avec un mouvement d'in-
 dignation de Précy, du congrès départemental et des rebelles lyonnois, qu'il
 qualifioit de scélérats et de traîtres » (2). Retenons ce trait à son actif : le
  prêtre apostat était tout au moins sensible à l'amitié. Que devint Menu une

      (1) Le desservant du Gaz, l'abbé Favérieu, était âgé de 85 ans. Son attitude en imposa à Vauquois, qui
le fit remettre en liberté.
       (2) Paul Ballaguy, Un général de l'an II, Charles Seriziat, p. 317.