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: "-^f BIBLIOGRAPHIE. 329 la vie ? Le mérite des Grecs c'est, comme je l'ai dit, cette sim- plicité , ce calme, cette jeunesse qui respirent dans chacune de leurs œuvres, et semblent en faire, selon la belle expression de M. de Laprade, la statue de l'homme éternel. Je ne blâme point cette perfection physique; ils savaient étudier le corps humain sans le di&séqueF, sans chercher par un dessin convulsif, à ré- véler sous les formes extérieures la charpente du squelette. Rien de tourmenté chez eux, comme dans les académies de Michel-Ange par exemple , lesquelles semblent n'avoir d'autre but, dit Vasari, que de montrer que le maître savait l'anutomie. Mais, sans parler de ces immenses passions du cœur que le Christianisme seul pouvait révéler, et dont il nous montre les types dans Madeleine et saint Jérôme, ce culte exclusif de la forme leur fit oublier trop souvent les grands sentiments de l'humanité jusqu'à ne leur faire aimer la vertu qu'à la condition de la beauté physique : Gralior et pulchro veniens in corpore virtus. Au reste, les conditions de durée manquaient au paganisme. Ce matérialisme de pensée et d'expression aboutissait à une ruine. Rome semble n'avoir concentré en elle toute l'antiquité que pour la faire tomber tout d'une pièce. Sans doute, les anciens avaient entrevu un coin de cet idéal qui nous est révélé , mais ils ne le comprenaient pas ; sans doute ils avaient retenu In, notion d'une intelligence suprême, mais en l'obscurcissant. Euripide écrivait bien ce vers si profond où se résume tout le sentiment de l'art : « Le laid est toujours laid, même lorsqu'il paraît bien ! » Socrate et Platon, le cygne de l'Académie, « qu'on retrouve tou- jours, dit le comte de Maistre, sur le chemin des grandes vé- rités (1), » avaient bien vu plus loin encore et deviné ce sens moral inconnu à leurs contemporains ; mais leur philosophie, assise au pied de l'autel de l'Amour, fut impuissante à pousser jusqu'au bout sa doctrine. Tournez la page du Banquet et du Phédon ; toute l'antiquité se réduit à ces pratiques infâmes qui font la honte du paganisme , et il suffit pour la condamner du (1 ) Principe générateur.