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LA DIPLOMATIE FRANÇAISE EN ORIENT. 301
le secrétaire et le valel-de-chambredeRincon, sauvés comme
par miracle , et l'ambassadeur' près la seigneurie s'empressait
de la faire tenir à Constantinople par un courrier extraor-
dinaire.
Charles-Quint, inquiet des intelligences de son rival avec
le Sultan et même avec les Vénitiens, n'avait point reculé
devant un crime pour tenter de se mettre en possession
des dépêches qui en contenaient le secret. En apprenant que
l'empereur venait de se souiller d'un crime qui violait le droit
des gens adopté et reconnu par les nations civilisées, Soli-
man s'écria : « Il faut aller en occident pour trouver les véri-
tables barbares. »
Maggio comptait sur la succession de Rincon comme am-
bassadeur auprès de la Sublime-Porte , mais ce choix eût
déplu au Sultan, qui envisageait sa nationalité comme propre •
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à faire redouter l'influence de l'Autriche ou de Venise sur
cet agent. Pour lui éviter les disgrâces qu'avait eu à subir le
hongrois Frangipani dans une circonstance analogue , S. M.
mil fin à sa mission et employa ses services en Italie. Les
dépêches de cet agent se distinguent par un style fleuri, qui
lient moins du langage diplomatique que du genre descriptif ;
elles forment une amusante relation défaits d'une importance
secondaire, dont le principal intérêt est d'offrir un journal
anecdotique de la cour du Sultan (1).
Ce qui se passait en Allemagne avait un instant distrait
Charles-Quint de ses vues sur l'Italie, et François s'était re-
trouvé en mesure de faire peser dans la balance des événements
la terreur qu'inspirait son alliance avec le sultan. Toutefois, la
présence de l'empereur lui eut bientôt fait reconquérir une par-
(1) Il paraît que Vincent Maggio ne tarda pas à être mis de côlé , car une
lettre écrite au roi par M. de Morvilliers , ambassadeur à Venise , en 1547 ,
Je signale comme étant dans un état voisin de l'indigence, et réclame pour
lui quelques secours, dont ses services passés le rendainet digne.