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148 UNE PROMENADE EN SUISSE
je finis par être louché de son héroïque patience. Nous ima-
ginons de lui prêter une lasse en cuir qu'il applique à la
gouttière et verse par la fenêtre quand elle est pleine. C'est
ainsi, le bras tendu, la lête renversée et l'œil fixé sur la cas-
cade, qu'il parcourut cinq ou six lieues avant d'arriver o Mi-
lan. Tu vois dans quel bel équipage nous abordâmes la capi-
tale de la Lombardic, et, pour comble de dérision , la roule
nous conduisit sous le magnifique arc de triomphe en marbre
blanc entrepris par Napoléon pour perpétuer ses victoires et.
achevé par l'empereur d'Autriche pour célébrer \npaix, dont
il a gardé le nom.
Enfin, nous quittons notre berlingot , nos savetiers, et nous
allons chercher un peu d'air et de repos dans un hôtel du
Corso. Nous sommes donc à Milan, ma chère , à deux pas du
Dôme dont les aiguilles se dressent de tous côtés... Mais ici je
m'arrête : c'est assez comme cela ; d'ailleurs , avec l'extrême
rapidité qui va présider au reste de notre voyage, il me serait
aussi difficile de prendre des notes que de les recueillir. C'est
donc à toi, ma chère sœur, que j'adresse ce bouquet d'une
correspondance dont on doit me savoir moins de gré qu'elle
n'exige de reconnaissance de ma part envers les victimes in-
fortunées de ma plume intarissable... Je te demande pardon
de ne l'avoir pas épargné ma prose et je compte sur ton bon
cœur pour ne pas trop m'en vouloir d'une préférence dont il
est difficile d'être bien jaloux.
Adieu donc, etc.
Clément CARSTGNOL.