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EXCURSION DANS LE MIDI. 477
c'est qu'aussi il n'y a là aucune industrie. Il semble qu'on
y vive au beau soleil du doux farniente d'Italie. Le niveau
municipal a redressé et élargi quelques vieilles rues. Le ma-
noir féodal a fait place à des hôtels dans le genre moderne
et d'assez belle apparence. Ces rues sont le faubourg Si-
Germain d'Avignon, où s'est retirée la noblesse boudeuse de
la Provence.
Du reste, la colonie romaine, l'antique Avenio,a disparu
complètement sous les vestiges du moyen-âge qui restent
encore debout malgré les outrages du temps et des Barbares.
Car, après les Sarrasins de 730 qui ont détruit la ville romaine,
^ d'autres Sarrasins sont venus en 1793 qui ont aussi porté
leurs mains sacrilèges sur ces monuments de l'art aux pre-
miers âges de l'histoire nationale. La chapelle où étaient dé-
posés les restes de la belle Laure de Noves dans l'église des
Cordeliers, et l'église elle-même portent encore aujourd'hui
les traces des fureurs politiques.
C'était en ce temps-là que Manuel proposait à Paris de dé-
truire la porte Saint-Denis et queHenriot, dans un même élan
de patriotisme, voulait renouveler sur tous les points de la
France les exploits d'Omar dans Alexandrie. Un certain Du-
mas qui, dit-on, était né dans le comtat Venaissin, s'avisa
d'une idée encore plus patriotique. Celui-là demandait tout
simplement qu'on guillotinât tous les hommes d'esprit. Assu-
rément, ce citoyen n'avait rien à craindre des conséquences de
sa proposition.
Les seules ruines romaines que j'ai vues à Avignon consis-
tent dans une suite d'arcades construites en gros blocs de
pierre superposées sans ciment. Ces arcades se prolongent
dans plusieurs maisons d'une petite rue dont j'ignore le nom,
mais qui se trouve derrière la salle de spectacle. M. Méri-
mée (1) suppose que ces ruines qui portent le caractère bien
évident d'une construction romaine à grand appareil, faisaient
(i) Notes d'un Voyage dans le midi de la France.