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316            LE BAPTÊME DE LA CLOCHE.
 Répands donc, répands donc par toute la nature
 Ce nom qu'au fond du cœur chaque homme doit sentir;
 Et qu'il ne soit pas d'antre et d'ame assez impure,
 Où ton pieux écho n'aille au loin retentir.

 Et moi, l'oisif amant des bois et des prairies,
 Qui, de leurs doux esprits enivré trop souvent,
 Laisse fuir ma pensée en molles rêveries,
 Et disperse ma vie au souffle de tout vent ;

 Moi qu'avec un bruit d'onde, une haleine des roses,
 La brise, dont ce tremble à peine est agité,
 Mêlant mon ame errante avec l'ame des choses,
 Peut emporter si loin hors de l'humanité ;

 Lorsque j'irai, perdu, dans les forêts prochaines,
 Des actives cités déserteur affaibli,
 Enviant le repos des rochers et des chênes,
 Et laissant là ma lâche et la vie en oubli ;

 Alors, lu parleras, voix de la vieille église,
 Voix comprise de tous comme un appel humain,
 Et tu m'éveilleras, et mon ame indécise
 S'arrachant au désert prendra le vrai chemin.

 Et je n'entendrai plus la sirène énervante
 Qui chante avec le venl, les rameaux, le flot bleu ;
 Un plus ferme conseil m'arrêtant sur ma pente,
 Je me rapprocherai des hommes et de Dieu.

 Car ta voix c'est la voix des hommes agrandie,
 Leurs sueurs ont coulé pour fondre ton métal,
 C'est leur esprit qui parle avec ta mélodie,
 Ton front reçut comme eux le baptême natal.