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8 LA POÉSIE EN KÈVE. Quel litre présentait ce livre ? je l'ignore : Les premiers mots tracés d'une ombre étaient couverts. Cependant un jour doux comme une pâle aurore Arrivait jusqu'à moi des feuillets entr'ouverts. Le front illuminé d'un sourire céleste, L'ombre se prit à lire !... ô mon Dieu, par pitié, De mes jours à venir prenez bientôt le reste, Et de ce qu'elle lut redites la moitié. Oui, j'aurais tout donné, tous les sublimes rôles. Les diadèmes d'or, les sceptres, les pavois, Pour saisir seulement un écho des paroles Que prononça longtemps la solennelle voix. Poètes des vieux jours, Dante, Virgile, Homère, Morts fameux qui sans fin revivez parmi nous ! Pour recueillir les sons de ce chant éphémère, Vous vous seriez tous trois prosternés à genoux. C'était une musique étrange dont l'oreille Buvait avec amour les larges flots de miel, Musique qui n'aura sans doute sa pareille Qu'au delà de l'azur que nous nommons le ciel. Rhylhmes, nombres divins, cadence, mélopée, Idiomes chantants des âges révolus, Enchaînements de sons dont l'ame enveloppée Des langages humains ne se souvenait plus.