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EXCURSION DANS LE MIDI. 469 veuve dans la requête qu'elle adresse au roi , assisté de M. Dupin : « Sire, puisque toute justice émane du roi, c'est au roi que je demande justice. « Un horrible attentat a été commis sous le règne de votre majesté. Un des grands officiers de la couronne, un maréchal de France, a été lâchement as- sassiné ; et, depuis près de quatre ans, ce crime si public, si notoire, si révol- tant n'a pas été puni. La maréchale expose ensuite les faits, elle retrace l'horri- ble tableau que l'on vient de voir, puis elle arrive à la péri- lie sanglante ; « On s'étonnerait de cette impunité et l'on accuserait mon propre silence si l'on ne savait aujourd'hui que, pendant tout ce temps, il n'était pas pos- sible d'obtenir justice de l'esprit de parti.... « Le maître de l'hôtel de la Poste, dit-elle, est un homme plein d'hon. rieur et d'humanité; il lutte avec courage contre les premiers assaillants, il les repousse ; il ferme et barricade ses portes ; il est secondé dans cette pieuse défense par le préfet et par le maire, mais le nombre des bons citoyens est trop petit, celui des assassins trop grand; il faudra succomber! « Cerné de toutes parts, l'hôtel est forcé, les brigands, entrés par le toit des maisons voisines pénètrent jusqu'au maréchal. Ils le trouvent calme; il venait de commencer une lettre pour moi... que n'ai-je, au moins, reçu ses derniers adieux. On l'interrompt, il la déchire.... Aussitôt^! est atteint percé de coups.... « Sire, j'en suis saisie d'horreur ! Mais n'est-il pas besoin que ce sentiment passe aussi dans l'ame de ceux que je dois intéresser à ma douleur ? « En tout autre temps le mot seul d'assassinat suffirait pour révolter les esprits : aujourd'hui tant d'assassinats vulgaires sont demeurés impunis, la France est si déplorablement accoutumée au récit multiplié des persécutions, des exils et des massacres, qu'il faut de l'atroce pour tirer la plupart des hommes de leur stupide indifférence, et réveiller en eux le sentiment d'une juste indignation pour le crime. « Celui que je dénonce est public, il est épouvantable; les feuilles publi- ques l'ont raconté, la tribune des députés en a retenti : pourquoi n'a-til donc été ni recherché ni puni?