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234                     LES PARTS.

 Le ûlel prêt à rompre et de butin gonflé,
 Et du geste d'un Dieu qui viendrait, hors de l'onde,
 Répandre le tribut de sa conque profonde,
 Sur la plage, où le peuple accourt le recevoir,
 11 le vide ; sa main devant tous fait pleuvoir
 Mille poissons divers d'espèces et de tailles,
 Qui font voler l'écume et luire leurs écailles;
 Sur le sable blanchit la nacre de leurs flancs ;
 Avec eux, sont tombés des coquillages blancs,
 Et ces choses sans nom, viles ou précieuses.
 Que roulent dans leur lit les eaux mystérieuses.
 Autour de lui le peuple en cercle s'est rangé ;
 Chacun à son voisin de son doigt allongé
 A désigné l'objet que ses yeux sollicitent :
 « Cette pêche est à tous et que tous en profitent ! »
 Dit le pêcheur; soudain, écartant les petits,
 Tous les hommes du ventre aux grossiers appétits,
 Fidèles à l'instinct de leur intempérance,
 S'adjugent les morceaux de plus belle apparence,
 Et, sans penser à ceux qui viendront les derniers.
 Entassent le butin dans leurs vastes paniers.
 Une vieille survient, elle rôde et furète
 Autour dufiletvide, et prend une amulette ;
 Un savant, vieux aussi, front chauve, dos courbé,
 Dans ses réflexions gravement absorbé,
 Retournant en tous sens dans ses doigts sa trouvaille,
 S'acharne à déchiffrer l'âge d'une médaille.
 Montrant sa grâce blonde à côté du vieillard,
 Une vierge attendrie implore pour sa part
 Une pauvre Heur bleue aux pétales pâlies ;
 Et la fleur bleue, objet de ses mélancolies,
 L'heureux calice, hélas! moins qu'elle délicat,
 Sous son œil qui sourit a repris son éclat.