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           SUR LE PROJET D'ÉRIGER UNE STATDE A GERSON                                     403

    Sa mort ne fut pas moins belle ni moins instructive que sa vie. Ces jeunes
 enfants qu'il avait pieusement tâché de mener à Dieu, Gerson les rassembla
 une dernière fois, et leur apprit à            refléter ces mots qui sont comme son
 testament : Mon Dieu, mon créateur,          ayez pitié de votre pauvre serviteur Jean
 Gerson.
    Il fut inhumé dans l'église Saint-Laurent, qui touchait à l'église Saint-Paul,
 et il y eut son tombeau qui fut brisé, au X Y I e siècle, par la main des p r o -
 fanateurs ( i ) .
    Si donc on veut consacrer aux yeux des habitants de ce quartier la vé-
 nérable mémoire de Gerson, il importe que le chancelier revive pour eux
 tel qu'il voulut être à leur égard, et qu'il apparaisse comme un ancien bien-
faiteur, un maître zélé et religieux. Gerson écrivit, dans son exil de Lyon,
un petit traité sur la manière d'attirer a Jésus-Christ            les petits enfants ; c'est
là ce qui doit le caractériser parmi nous en qualité d'écrivain, et non p a s
le titre éminent que l'on rêve pour luù
    L'auteur très récent d'une brochure grand in-folio, M . Darmès, a voulu
établir que Gerson est l'auteur du beau livre de l'Imitation                de Jésus- Christ,
et il n'hésite pas à affirmer           que   ce livre fut écrit dans le couvent des
Célcstins de Lyon. Il ne manque absolument que la preuve d'une assertion
si positive. Beaucoup de bibliographes se sont fatigués à rechercher l'auteur
du plus admirable ouvrage qu'il y ait après l'Evangile ; si leurs investiga-
tions n'ont pas été vaines, je ne dirai pas qu'elles aient abouti à une dé-
cision nette et positive.
   L'auteur de VImitation        sut admirablement pratiquer ce qu'il inculque:
Âma nesciri, et pro nihilo reputari. Son nom sera longtemps, peut-être toujours
un problême , et il n'y aura pas grand mal à cela. D'où que le fleuve
descende, ses bienfaisantes eaux sont là ; il n'y a qu'à s'y désaltérer. Que
l'on mette Gerson au nombre des co-ayant droit à la gloire du livre de
l'Imitation,   cela se    peut souffrir ; mais qu'on le donne positivement pour
l'auteur de ce livre, c'est autre chose. La plupart des preuves que l'on
fait sonner bien haut, ne porte que sur la pointe d'une aiguille, et il n'y a
nul rapport entre les deux volumes in-folio que nous avons de Gerson, et
l'incomparable ouvrage dont on veut lui faire honneur. VImitation                  est écrite
par un moine pour des moines ses frères ; le latin en est simple, dénué
d'ornements, bref et coupé, mais onctueux et pénétrant ; celui de Gerson
est habituellement raide et sec, même dans l'opuscule De parvulis ad Christian

  ( l ) Ce tombeau mis à découvert le 18 mai iGlfi, et dout l'archevêque Louis Alphonse de
Richelieu visita l'intérieur, a été relrouvé, eu IÎ342> par les soins de M. l'architecte Dunod
(Voir notre Revue, tome XV, p . a5a).