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404             SUR LE PROJET D'ÉRIGER UNE STATUE

trahendis, et dans un traité qu'il composa à l'instar de Boèce, de        Consola-
tione Theologiœ. Ce ne sont pas quelques sentences triées ça et là, et que-
l'on trouverait aussi     bien dans      d'autres écrivains que dans Gerson,      qui
peuvent établir des rapprochements incontestables entre Vimilalion            et les
écrits du Chancelier. Prenez au hasard un chapitre de Vlmitalion,              passez
ensuite à deux ou trois pages de Gerson, et vous prononcerez. C'est ainsi,
par une lecture suivie, et non point par quelques confrontations de passages,
qu'on arrive à se faire une idée véritable de la ressemblance ou de la dis-
semblance de deux écrivains. Encore, que parlé-je d'écrivains. Il n'y a, dans
Vlmilalion,   nulle trace d'effort et de travail ; je ne crois pas que l'on en
pût dire autant des écrits de Gerson.
   Mais la question fût-elle nettement         tranchée, le Chancelier fût-il véri-
tablement l'auteur      de Vlmilalion,     ce serait alors un titre européen ; son
titre spécial, pour nous Lyonnais, c'est d'avoir été maître d'école à Saint-
Paul, d'avoir rendu d'éminents services aux enfants de ce quartier, de les
avoir aimés, d'y être mort en les aimant encore. Toilà le Gerson qu'il
faut exposer aux yeux de nos concitoyens et à leur vénération.            .
   Dans sa ferveur pour la gloire de Gerson, M. Darmès va jusqu'à le justifier
d'un reproche qu'on lui a souvent adressé, et qu'il faudrait adresser non
seulement à son siècle, mais à beaucoup d'époques antérieures, à la nôtre
aussi. Y a-t-il bien loin du principe de la souveraineté du peuple, et de
la justification du supplice de. Louis X V I à la doctrine de Gerson? Nous
ne le pensons pas.
   M . Darmès prétend donc qu'il n'est pas vrai que Gerson ait enseigné la
doctrine du tyrannicide, et la raison qu'on apporte, c'est que le Chancelier
provoqua la condamnation du docteur Jean Petit qui, s'étantfait               l'apolo-
giste de l'assassinat commis sur le duc d'Orléans par Jean-sans-Peur, avait
avancé des maximes fort libres et fort dangereuses. Ce qu'on allègue est
très vrai, mais ne prouve malheureusement pas ce qu'il s'agit de prouver.
Il y a, en France, un illustre écrivain qui s'est jeté bien avant dans le p a r t i
radical ; serait-on admis à prouver avec cela qu'il ne fut pas un jour aussi
fervent pour le parti catholique. Ainsi pour Gerson, et c'est une               chose
vulgaire, qui court les livres. Il s'agissait tout uniment d'ouvrir ses Å“uvres,
à lui, et on se fût édifié sur cette question. Voici, en effet, ce qu'il dit :
   « Le prince est un tyran lorsqu'il surcharge son peuple d'impôts, de tri-
buts, de corvées, et qu'il s'oppose aux associations et progrès des lettres. »
Cette définition , il la donnait en chaire dans un sermon           prêché devant
le roi Charles V I .
   Gerson ajoute que « c'est une erreur d'avancer que le prince n'est tenu