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224 ANCIENNES INSTITUTIONS RELIGIEUSES DE LYON. nos Mères plus de bien qu'elles n'en auraient dû trouver en moi, et poussèrent leur charité aussi loin qu'elle pouvait aller. « C'est ainsi que le Seigneur, par son infinie miséricorde, m'a fait entrer dans la terre des saints, dix-huit mois après m'avoir fait sortir du chemin de perdition où la seule indi- gence m'avait conduite, puisque nul de mes parents n'était sorti de la simplicité chrétienne. Le seul dérangement d'un père me réduisit, à l'âge de dix-sept ans, grande et assez pré- venante, à ce qu'on disait, à ne savoir quel parti prendre, j'avais horreur du vice ; je n'en eus pas moins de la proposi- tion qu'on me fit d'embrasser celui de la comédie: on se moqua de moi, en me disant qu'il n'y avait que la popu- lace et les bigots qui étaient sur ce point dans de faux pré- jugés ; que tout ce qu'il y avait de gens de condilion à la cour et à la ville, pensaient bien différemment que le bas peuple, sur le compte des personnes qui exerçaient celte profession. Je n'eus pas de peine à me laisser persuader, et une prompte expérience ne m'apprit que trop la perversion inévitable de cet état, pour qui n'est pas en garde contre soi-même, puis- que, sans autre travail que celui de la mémoire, on vit dans l'opulence et dans de continuels amusements : les Irois der- nières années me rapportèrent quarante-quatre mille francs. Quelle amorce pour le cœur perverti ! et quelle miséricorde de s'arracher, dans la force de l'âge, à une vie si délicieuse, mais en même temps si opposée au sentier étroit de l'Évan- gile ! J'avouerai néanmoins que j'y ai connu des personnes sans reproches dans leurs mœurs, et qui vivaient très chré- tiennement ; je n'ai pas été de ce nombre, je le dis à ma honte et à la gloire de Dieu, dont la grâce éclate d'autant plus qu'elle a choisi le sujet le plus indigne pour faire adorer son pouvoir. « En entrant dans cetle sainte maison, je compris que Dieu