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CHARLES NODIER. 65
sole de tout ; l'imagination est pour lui la bonne Fée aux
miettes, l'incomparable Belkiss dont les trésors donnent le
bonheur. Que de tranquille bon sens parfois au milieu de ces
gais voyages de sa pensée, et même dans ce livre de la
Fée aux miettes, où la fantaisie a pris toutes ses aises dans
le monde de l'impossible ; que de pages mesurées, sages,
pratiques, toutes françaises, comme on a coutume de dire,
en se rappelant les Français d'autrefois ! C'est que tout cela
c'est de l'imagination à laquelle on a lâché la bride sans la
lui ôter tout-à -fait, de l'imagination la plus douce et la
plus aimable qui fut au monde, aussi loin qu'il se peut des
élans passionnés de Werther et d'Obermann. Il ne faut donc
pas essayer, malgré la couleur mélancolique de plusieurs de
ses pages, et le dramatique sombre de quelques-uns de
ses dénoûments, de placer Nodier en dehors et à côté de ces
grands noms ; il faut déplorer plutôt que cette nature déli-
cate et mobile se soit courbée trop aisément à l'imitation d'un
genre si opposé à sa nature. Rien ne lui allait moins que
l'altitude désespérée de ces nobles victimes de l'âge mo-
derne. C'était la prévision amère, ou l'attente impatiente de
l'avenir, qui leur arrachait des cris de détresse et les faisait
tous songer au suicide, Nodier, lui, est bien plutôt tourné
vers le passé : sceptique au fond de l'ame, nous l'avons déjÃ
dit, non seulement il ne croit pas dans l'histoire aux progrès
accomplis, mais il nie les progrès possibles; dès le temps
où il écrit Jean Sbogar, il s'exprime sur ce ton. On a essayé
d'en trouver la cause dans cette fortune de sa naissance qui
le fait arriver à l'âge de la pensée, au moment où le Con-
sulat sembla dénouer la Révolution, comme une inutile et
trompeuse tragédie ; mais c'est peut-être chercher bien haut
la source de dispositions toutes naturelles dans cet esprit
amoureux de détails, ne voulant obéir qu'aux conseils d'une
organisation nerveuse et ennemie de toute direction ; se plai-
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