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14 D'UNE BIBLIOTHÈQUE autre ordre et viennent de plus haut encore. Mais les nom- breux et illustres Docteurs qui les ont expliqués, défendus et propagés, doivent prendre place à côté de cette arche sacrée, et être à jamais pour le monde chrétien un sujet d'étude et de vé- nération profonde. Qui donc sait mieux cela qu'un pontife de Jésus-Christ, un successeur de ces mêmes évêques auxquels on est redevable de tant de monuments d'une éloquence et d'un savoir prodigieux? Les écrits des Pères de l'Église ne sont pas nés d'un vain caprice de l'imagination, ou d'une philosophie verbeuse et inoccupée : ils doivent, en général, leur origine à une cause grave, et tendent à un but sérieux. Dans les premiers âges, ils se présentent avec un caractère apologétique ; le Paga- nisme élait là debout, en face de la doctrine nouvelle, qu'il accusait violemment et amenait devant les tribunaux : il fal- lait répondre aux réquisitoires des Proconsuls, aux édits des Empereurs, et de là ce livre audacieux et fier de Terlullien, qui s'en prenait à la double majesté du sacerdoce et de l'empire, en attaquant la divinité des Césars. Nul n'a été aussi hardi, aussi pressant, ni aussi incisif que ce prêtre afri- cain, sorti des lignes de la philosophie séculière, et qui vou- lut garder chez les Chrétiens son manteau de philosophe, au- quel il disait : « Réjouis-toi donc, et tressaille, car tu es ho- noré d'une philosophie bien meilleure, depuis que lu as com- mencé de vêtir un chrétien (1). » Il y aurait à faire un livre tout entier, et un beau livre, avec l'histoire et l'examen des écrits qui naquirent de celle néces- sité de défendre la religion contre les aggressions, les haines et les préjugés du dehors. Le monde ne sait pas assez ce qu'il y a de vie, de force et de nouveauté dans ces apologies de la foi chrétienne ; il ne sait pas assez quels chaleureux défenseurs (i) Tertull. de Pall/o, cap. ult.